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PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II

mépris sur l'esprit ferme de Marcellin. Mais elle contenait à la fois l'idée et du caractère de Manès et de son singulier système. L'homme se montrait à la fois modéré et audacieux, astucieux et résolu ; et ce système, mélange des doctrines de l'Évangile et de celles des Mages, répondait au plan que le novateur avait conçu. Nous retrouverons chez les Albigeois ce même caractère d'astuce et de violence, et ce même mélange des principes les plus contraires.

Cette première déconvenue ne découragea pas Manès ; il était de ces hommes qui ne se rebutent jamais. 11 espéra séduire d'autres esprits moins fermes ou moins dédaigneux que le gouverneur de la Mésopotamie. Pour cela, il mit en usage d'autres moyens, parmi lesquels il faut placer en première ligne l'austérité. Il serait curieux de comparer la manière d'agir des divers novateurs qui ont affligé l'Eglise. Chez tous, c'est toujours la même affectation de langage, le même faste de vertu, les mêmes dehors graves et dissimulés. Manès n eut pas de peine à en imposer : il était naturellement austère. Beausobre , qui a écrit de lui une histoire si partiale et si erronée, est cependant demeuré dans la stricte vérité, quand il l'a représenté «triste , pâle , décharné, assidu à la prière, foulant aux pieds tout ce que l'homme a de précieux ou d'agréable, et faisant profession d'une entière

pauvreté» (1). Mais saint Ephrem ne vit dans la pâleur répandue sur son visage qu'un stratagème ménagé pour séduire les simples. Faire profession de pauvreté, c'était le moyen, en Orient, de grouper de nombreux disciples. Encore aujourd'hui, les Mahométans couvrent de leur mépris toute vertu qui n'est pas accompagnée de la pauvreté volontaire. Aussi Manès compta bientôt un grand nombre de disciples, dont les principaux furent : Thomas, Addas et Hermas. 11 prit un soin tout particulier de ces trois derniers , qui , après s'être montrés confiants, lui furent absolument dévoués. D'abord, il les instruisit de sa doctrine ; plus tard, quand il les eut formés , il les associa à sa pensée , et leur fit connaître les vastes desseins qu'il avait conçus. Il affecta même de leur donner une mission particulière : il les envoya dans les villes et les bourgs de la Mésopotamie, pour y répandre son enseignement ; il leur confia même un apostolat lointain. Hermas demeura auprès du maître. Thomas alla en Egypte, et Addas en Scythie. LaScythie comprenait les pays qui s'étendent au nord-est et au nord-ouest de la mer Caspienne. Un fait d'une très-grande importance pour nous, que nous devons constater, c'est que, dans ces contrées, habitaient alors des populations

(1) Abulpharage, Dynas. p. 82. Cité par Beausobre.

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