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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XI

son élection (1). Le pape désigna Jean, évêque de Limoges, et les abbés de la Sauve et de la Couronne. Ceux-ci confirmèrent l'élection de Raymond, et écrivirent, non pas à l'archevêque, mais au Chapitre de Narbonne « que la vacance du siège de Toulouse ayant été suivie de dissensions et de querelles qui avaient duré fort longtemps, enfin, après de grandes disputes, on avait élu unanimement Raymond, archidiacred'Agen, qu'on avait calomnié à la cour Romaine , ce qui avait engagé le pape à leur confier l'examen de cette affaire; qu'ayant procédé à leur commission avec tout le soin possible, ils n'avaient rien trouvé qu'on pût opposer à l'élection de RaymGnd ; qu'elle s'était faite d'un commun accord, et que cet ecclésiastique étant capable de remplir dignement le siège de Toulouse, ils l'avaient confirmé et qu'ils envoyaient l'élu à Narbonne pour s'y faire sacrer par son métropolitain ». En finissant leur lettre, ils demandaient au Chapitre de prier l'archevêque de faire au plus tôt la cérémonie du sacre.

Rabastens triomphait donc. Mais, il faut le dire, car l'histoire est une leçon continuelle, son triomphe n'était point pour le bien des âmes. Il Tacheta, au reste, au prix des humiliations les plus grandes, comme nous le verrons plus tard, au prix même de

(1) Baluze, Mise, t. vi? p. 457.

la gloire de Dieu , car l'hérésie faisait des progrès de plus en plus alarmants.

Quand on lit les auteurs du temps, surtout les chroniqueurs si spirituels et généralement si bien informés, on est frappé de l'accord qui existe entre eux sur les progrès de l'hérésie en cette année 1202. Elle s'étendait, comme dit l'un d'eux, dans «tout l'Albigeois, le Carcassais, le Lauraguais et dans la plus grande partie du pays , de Béziers à Bordeaux, tant que va le chemin. »

Après deux ans à peine de légation, le cardinal Jean de Saint-Paul se retira, n'ayant, pour ainsi dire, rien fait. L'affaire de l'évêque de Toulouse, le mauvais vouloir , le défaut d'entente • l'avaient condamné à l'inaction.

Depuis l'avènement d'Innocent III, c'était déjà la seconde légation ; l'une et l'autre ne servirent qu'à montrer la constance du pape qui se gardait d'abandonner une œuvre si importante, déjà commencée par ses prédécesseurs. S'inspirant donc de leur pensée et voulant reconnaître les services rendus par les Cisterciens depuis la première mission, prêchée par saint Bernard i à la cause catholique, il choisit pour légats deux moines de l'abbaye deFonfroide, au diocèse deNarbonne (1),

(1) Voir l'intéressante Étude historique sur Fonfroide, par M. Gauvet. Paris , Durand , 1875.

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