deuxième partie. — chapitre xi
Pierre de Castelnau Petrus de Castronovo) et Raoul (Radulfus) . Le premier « s'est placé au premier plan, non-seulement au-dessus de Raoul, dont le rôle fut très-effacé, mais même au-dessus d'Arnaud, abbé de Cîteaux. son supérieur, qui lui fut adjoint comme légat, et dont l'action ne devint prépondérante qu'à partir de l'année 1208 » 1). H importe donc de connaître celui qui était appelé à jouer un si grand rôle et dont la mort sanglante, qui épouvantera l'Europe . contraindra le pape à faire un appel aux armes.
Une vieille tradition veut que Pierre de Castelnau soit sorti de la même famille qui donna le jour à Elzéar de Sabran et à Gérard . baron de Lunel 2 : elle veut aussi que. de même que son collègue le légat Raoul, il soit originaire de Montpellier '3 . 11 paraît que dès son enfance il donna les signes de ce qu'il serait un jour, de même que la première tige de l'arbre fait briller par sa vigueur et sa verdeur la promesse de ses fleurs et de ses fruits. Pierre étudia à l'une des nombreuses écoles qui étaient dès-lors la gloire de Montpellier. De bonne heure il entra dans le
(1) Voir l'intéressante Étude historique sur Fonfroide. liv. vi. chap. i.
2) Bréviaire, propre du Diocèse de Montpellier.
[3)Hist. de la Commune de Montp . . \>z.v M. Germain, chap. xx.
clergé. A cette époque . le zèle des âmes et la pratique des vertus les plus austères ne décidaient pas de toutes les vocations. 11 n'en fut pas ainsi pour Pierre. Nous en avons la preuve la plus certaine dans cette tranquillité de cœur qu'il garda à la suite d'une intrigue dont il fut victime. En 1197, Guillaume de Fleix, évêque de Maguelone, nomma Pierre archidiacre; mais comme à cette époque une semblable nomination devait se faire parle triple concours de l'évêque, du prévôt et du chapitre, le prévôt, à qui l'élection de Pierre ne plaisait pas et qui était au reste enhardi par les concessions pontificales de plus en plus grandes , se pourvut en cour de Rome et lui opposa Gérald Joannin, non encore promu au diaconat. Célestin 111 jugea contre l'évêque; mais Pierre sembla heureux de se voir fermer la porte d'un chapitre qui était alors un des plus riches. 11 rendit même le bien pour le mal : en 1190 il fut pris comme arbitre dans une transaction, et alors qu'il eût pu se souvenir de la conduite du prévôt de Maguelone, il lui « adjugea une partie importante de la pêche et des eaux de Vie» (1). Innocent III, à peine monté sur le trône, annula tout ce qui avait été fait à Maguelone et écrivit au chapitre de faire
(1) Maguelone sous ses évêques et ses chanoines, par M. Germain, chap. xm.