DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XI
Il fut un serviteur fidèle , dévoué et énergique. Raynier, Guy, le cardinal de Saint-Paul n'avaient sans doute pas manqué de fidélité et de dévouement ; mais cette énergie nécessaire dans les circonstances difficiles, qui trempe les forts caractères et les grandes âmes, leur fit défaut. Voilà pourquoi Pierre de Castelnau qui, adjoint d'abord au cardinal de Saint-Paul, avait compris qu'une conduite courageuse résoudrait seule la question de l'hérésie, et qui ne manqua jamais au difficile devoir d'être en toute circonstance énergique dans la mesure voulue , se place au-dessus des conditions communes de l'humanité.
Tel était son caractère, telles étaient ses dispositions, quand le pape, dans sa personne, vint donner au monastère de Fonfroide le témoignage de la plus haute confiance. « Nous trouverions la trace de l'émotion que cet événement dut y exciter, si les chroniques de ce monastère, qui furent écrites à cette époque, n'avaient point été détruites ou dispersées. A défaut de ce témoignage direct, la connaissance générale des sentiments qui animaient l'ordre de Cîteaux suffira pour donner une idée exacte de l'esprit qui dominait à Fonfroide, et de la manière dont la nomination des deux légats (Pierre et Raoul) y fut accueillie. Tel était alors l'empire de la règle, que la vie particulière
de chaque monastère se reproduit, comme en un miroir fidèle, dans les décisions du chapitre général. Or, nous connaissons celle qui nomma douze abbés chargés de combattre les hérétiques dans les conférences ou par la prédication. 11 y eut, il n'en faut pas douter, entre l'abbaye de Grandselve, située dans une contrée où les Cathares dominèrent, et l'abbaye de Fonfroide qui les rencontrait, sinon à portée du monastère, du moins dans les pays où s'étendaient ses nombreuses possessions, un échange de renseignements sur l'état religieux du pays, sur la faiblesse du clergé séculier et sur la nécessité où était l'Eglise de choisir dans les ordres religieux des combattants solides et éprouvés. Aussi, lorsque le pape Innocent 111 choisit ses deux légats parmi les religieux de Fonfroide, ce grave événement dut causer plus de joie que de surprise.
« Une cérémonie, peut-être semblable à celle qui s'accomplissait lorsque les religieux d'un monastère allaient en fonder un autre, précéda le départ des deux légats. Tous les religieux se rendirent à l'église, et, les prières étant terminées, labbê prononça une allocution, prit la tête du cortège qui accompagna les deux légats jusqu'à la porte du monastère » (1). Pierre et Raoul, ayant
(1) M. Cauvet, op. cit., liv. vi, chap. i.