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DEUXIEME PARTIE. CHAPITRK XI

traversé la gorge étroite au fond de laquelle le monastère est assis, prirent le chemin de Toulouse. Ils manifestaient par là leur résolution d'agir vigoureusement, car Toulouse était le cœur même de l'hérésie, la source abondante d'où coulait incessamment le venin de la méchanceté dualiste (1).

Ils arrivèrent à Toulouse dans les premiers jours du mois de décembre 1203. On ne sait pas si dans le premier voyage ils purent entretenir Raymond VI ; s'ils le virent, ils nobtinrent rien de lui. Les relations du comte avec la secte étaient fréquentes ; l'absolution accordée par Innocent III, dans les premiers temps de son pontificat, loin de lui inspirer des sentiments de reconnaissance, ne l'avait, semble-t-il, que rendu plus téméraire. Peut-être crut-il dès-lors qu'il lui serait toujours facile ou de s'entendre avec un pape débonnaire ou de ne rien craindre de son action. Ils se trompait; car, au mois de décembre de l'année 1201, le pape, connaissant déjà le comte inconstant, mobile et disposé à tout sacrifier à ses intérêts, l'exhortait à chasser de ses terres les hérétiques ; et il lui disait, en finissant, que, dans le cas où il ne suivrait pas ses ordres, il en écrirait à Philippe, roi des Français, qui

(1) Pierre de Vaux-Cernay.

saurait l'y contraindre (1). Mais cette lettre, qui eût fait une profonde impression au comte s'il eût vu Philippe aux portes de Toulouse, fut sans effet sur lui ; car la guerre entreprise par le roi de France contre celui d'Angleterre, et les contestations de Philippe avec Innocent III au sujet de son mariage, furent deux raisons assez puissantes au cœur de Philippe pour lui persuader que le parti du silence vis-à-vis de Raymond VI était le meilleur. Raymond VI devint d'autant plus audacieux que le pape lui paraissait impuissant et que les hérétiques, dont il était circonvenu, s'accroissaient en nombre et en influence ; volontiers il cédait au plus fort, surtout quand le plus fort le menaçait de près.

Aussi on n'a pas de peine à comprendre l'embarras des légats en présence d'un homme si mal disposé. Toutefois, résolus à accomplir leur devoir, le treizième jour de décembre, ils provoquèrent une assemblée générale, où furent présents l'évêque, celui-là même qui, un an auparavant, avait par son élection mis le trouble dans le pays et qui entretenait de secrètes attaches avec le comte, l'abbé de Saint-Sernin, les baillis et les viguiers du comte, les consuls au nombre de vingt, et les principaux citoyens. Les légats exigèrent d'eux,

(4) Theiner, — Indiquée par Pothast, Regesta pontificum romanorum. — Berlin, 1875, p. 135.

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