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DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XII

des hérétiques, se rendre de château en château, aux disputes convenues, non point suivis d'un pompeux cortège ou d'une multitude de gens à cheval, mais par les sentiers des piétons, les pieds nus et déchaux » (1).

Citons ici 1 éloquent P. Lacordaire. « Avec quel art et quelle patience , s'écrie-t-il , Dieu avait travaillé à ce dénouement! Au bord d'un fleuve espagnol, deux hommes, différents d âge , reçoivent avec abondance l'esprit de Dieu. Ils se rencontrent un jour, attirés 1*1111 vers l'autre par le parfum de leurs vertus, comme deux arbres précieux plantés dans une même forêt se cherchent et s'inclinent pour se toucher. Quand une longue amitié a confondu leurs jours et leurs pensées, une volonté imprévue les tire de leur pays, les promène en Europe, des Pyrénées à la mer Baltique, du Tibre aux collines de la Bourgogne, et ils arrivent juste, sans y avoir songé, pour donner à des hommes abattus, malgré leur grand cœur, un conseil qui change la face des affaires, sauve l'honneur de l'Église et lui prépare pour un avenir prochain des légions d apôtres. Les ennemis de l'Église n'ont jamais lu attentivement son histoire: ils y auraient remarqué la fécondité invincible de ses ressources et Fa-propos merveilleux de cette

(1) Guil. de Puylaurens, Chron. chap. vin.

fécondité. L'Église est semblable à ce géant, fils de la terre, qui puisait dans sa chute même une nouvelle force ; elle retourne par le malheur aux vertus de son berceau, et recouvre sa puissance naturelle en perdant la puissance empruntée qu'elle tenait du monde » (1).

Ce furent là les premières origines de l'ordre des Dominicains. Il est admirable de voir comment Dieu suscita, à l'occasion de l'hérésie, de ce ferment de réforme qui travaillait le monde, deux hommes de génie, deux grands saints, forts, Tun de la force même de la parole, l'autre de la force des œuvres de pénitence, saint Dominique et saint François. L'art les a représentés, le premier, le regard au ciel, un lys à la main, des flammes aux lèvres ; le second, à genoux au pied de la croix, le regard fixé sur le crucifix et montrant sur ses mains les stigmates de la passion du Christ, les reins ceints de la corde, le corps revêtu du grossier manteau de l'humiliation et de la pénitence volontaires, l'un et l'autre si pleins de vie, qu'ils ont renouvelé la jeunesse de l'Eglise par la fondation de deux ordres étonnamment féconds en hommes de bien et de vertu. L'Italie étonnée avait vu les Humiliés, regardés comme hérétiques par le pape Lucius, prêcher en secret; la France,

(1) P. Lacordaire. Vie de saint Dominique, chap. m.

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