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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII

les Pauvres de Lyon prétendre mener la vie des apôtres. Le Siège Apostolique, discernant avec le tact divin qui lui est propre tout ce qu'il y avait dans ces hommes de passion, de vanité et d'orgueil, substitua au second les Pauvres Mineurs, qui allaient nu-pieds l'été et l'hiver, refusaient tout argent, n'acceptaient que la nourriture ; qui, dans une pensée do vraie humilité, laissèrent le nom de Pauvres Mineurs pour celui de Frères Mineurs et se soumirent en tout à lui. Il désapprouva les Humilies qui, dépourvus de toute autorité et n'ayant point reçu de mission, portaient leur faux meurtrière dans une moisson étrangère ; qui, ignorants, prêchaient les peuples, prétendaient diriger leur vie, entendre leurs confessions et remplacer les prêtres dans leur ministère ; mais il donna toute sa confiance aux prêcheurs, qui, appliqués sans cesse à l'étude des Ecritures sacrées, armés du bouclier de la parole , qui est le bouclier des forts, se posèrent comme un rempart devant l'ennemi et défendirent leur mère la sainte Eglise, fortifiant les âmes dans la foi, les formant à la vertu, enseignant les règles ecclésiastiques, châtiant le vice, obéissant en tout au Siège Apostolique (1).

Ce rôle des fils de saint Dominique et de saint François en présence de l'hérésie dualiste devint ,

(1) Abbas Urspergensis , Chronicon, ad an. 121k2.

LtS ALBIGEOIS.

en effet , prépondérant ; devant eux, les religieux de Cîteaux, pourtant si glorieux, si puissants et si saints , s'effacent désormais.

Les nouveaux missionnaires, remplis de ce zèle ardent dont Tévêque d'Osma venait de réveiller la flamme, partirent donc de Montpellier, sans apparat, dépouillés de tout superflu, n'ayant que le livre de la prière où ils puisaient sans cesse force, courage et vertu. Dominique cependant portait avec lui le livre des Evangiles, dont il ne se sépara jamais (1). Ils prirent le chemin qui les conduisait vers Toulouse, particulièrement infectée de l'hérésie ; mais, en réalité, ils n'avaient point de but déterminé ; ils étaient pour ainsi dire à la disposition de la Providence , prêts à travailler partout où la moisson blanchissante se montrerait à leurs

(4) Quetif et Echard. On voit ici combien est erroné ce récit de Sismondi ( Hist. deFr., liv. m, xxiv): « Mais tandis que les Bernardins recrutaient les soldats de la Croix , Innocent III chargeait une congrégation nouvelle, à la tête de laquelle il mettait l'espagnol Saint Dominique, de parcourir, à pied, deux à deux leurs villages ; de prêcher la foi au milieu d'eux , de les éclairer par des discussions de controverse, de leur montrer tout le zèle de la charité chrétienne, et d'obtenir de leur confiance des renseignements exacts sur le nom, le nombre et la demeure de ceux qui s'étaient écartés de l'Église, pour les faire brûler dès qu'on serait les plus forts. C'est ainsi que commença l'ordre des Frères prêcheurs de Saint-Dominique ou des Inquisiteurs. »

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