DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XII
yeux. L'histoire ne nous a pas conservé le détail de cette mission ; nous savons seulement que les hommes de Dieu, loin de se ménager, firent partout des prodiges de zèle: prédications publiques, conférences, exhortations, avertissements, ils n'épargnèrent rien. Dans les paroisses où l'hérésie n'avait point pénétré , ils confirmèrent les âmes dans la foi ; dans celles où l'ennemi avait jeté la mauvaise semence, ils firent de longs séjours; enfin, ils convoquèrent les hérétiques eux-mêmes et les appelèrent à des discussions publiques. Tantôt ils allaient deux par deux, tantôt trois par trois; quelquefois un seul était chargé d'évangéliser toute une population ; d'autres fois ils se réunissaient tous ensemble dans un effort suprême, pour chasser l'ennemi de ces terres où il s'était frauduleusement glissé. Ce ne fut pas une mission donnée seulement dans les villes les plus populeuses, mais encore dans tout le pays ; ce fut un vrai siège spirituel entrepris avec toutes les armes dont dispose l'Eglise : la parole , la prière , l'exemple , la vertu , et cette grâce abondante qui accompagne partout les vrais apôtres de Jésus- Christ,
La première station des missionnaires dont parle l'histoire fut Caraman. Caraman était non loin de Toulouse et sa population se partageait en deux partis bien distincts : les villages d'aujour-
d'hui, où il y a, à nombre à peu près égal, des catholiques et des protestants, nous donnent l'idée de l'état des esprits dans ce gros bourg. Catholiques et Albigeois étaient également ardents et zélés, également armés et décidés à la lutte. L'impression produite par les missionnaires fut profonde à Caraman. Pendant les huit jours qu'ils y demeurèrent , ils démontrèrent avec tant d'évidence Terreur des hérétiques, que ceux-ci ameutèrent contre eux tous leurs partisans pour les faire partir ; mais ils n'y purent point réussir : les catholiques puisèrent dans cette prédication un tel courage qu'ils voulaient, à leur tour, chasser tous les hérétiques. A leur départ, les missionnaires furent accompagnés bien loin par cette population fidèle. La mission avait été un vrai triomphe.
De Caraman , quoique la distance fût assez grande, ils vinrent directement à Béziers. Béziers avait une grande célébrité auprès des sectaires. Depuis le meurtre de Raymond Trencavel , les passions irritées et vives de tout temps dans cette ville, l'indifférence de l'évêque Roquessels, le zèle du comte Roger, très- chaud partisan de la secte, tout favorisait l'hérésie. Là, plus que partout ailleurs, elle était menaçante et armée. 11 est certain que l'on conseilla à Pierre de Castelnau , auquel les habitants de cette ville avaient voué une haine féroce, de ne pas entrer dans ses murs