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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XII. 5i

Or, après beaucoup de discours, ces arbitres ne pouvant s'entendre sur une décision, la pensée leur vint de jeter les deux mémoires au feu, afin que si l'un des deux était épargné par les flammes, il fût certain qu'il contenait la vraie doctrine de la foi. On alluma donc un grand feu, on y jeta les deux volumes : aussitôt celui des hérétiques est consumé ; l'autre, qu'avait écrit le bienheureux homme de Dieu , Dominique , non-seulement demeure intact, mais il est repoussé au loin par les flammes, en présence de toute l'assemblée. On le rejette au feu une seconde et une troisième fois; autant de fois l'événement qui se reproduit manifeste plus clairement où est la vraie foi, et quelle est la sainteté de celui qui a écrit ce livre » (1).

Les missionnaires, maissurtout l'évêque d'Osma et le bienheureux Dominique, s'attirèrent la confiance et l'attachement même des hérétiques, qui les regardaient comme prédestinés à la vie (2).

Ils étaient à Montréal, gros bourg situé dans le diocèse de Carcassonne (3), quand Arnaud et les autres abbés de Cîteaux arrivèrent. Ceux-ci avaient, pendant leur route , entendu parler de l'évêque

(1) Chap. i , n« 20. — Cf. F. Jordanus , no 14. — Pierre de Vaux-Cernay, chap. vu.

(2) F. Jordanus, ibid.

(3) Actuellement chef-lieu de canton (Aude), à 19 kil. ouest de Carcassonne.

d'Osma et du bienheureux Dominique, dont on racontait partout les merveilles de dévouement, de zèle et de pauvreté. On les avait vus aller de porte en porte demander le pain destiné à soutenir leur vie (1), en retour de cette parole ardente et sanctifiante par laquelle ils jetaient dans tout le pays la semence de la foi perdue. Une telle abnégation, un tel amour de la pauvreté touchèrent profondément. Ces hommes de toute religion , de science parfaite , d'une incomparable sainteté, au nombre de douze comme les Apôtres , humbles comme celui qui leur avait été donné pour modèle , Tévêque d'Osma (2) , traversèrent tout le pays. C'est après trois mois de ce laborieux ministère, qu'ils arrivèrent à Montréal. Il paraît qu'il y eut à Montréal plusieurs discussions publiques (3). Les missionnaires, se souvenant que l'usage de ces conférences remontait à une haute antiquité, puisque saint Paul en avait eu de fréquentes avec les Juifs, et saint Augustin avec les Donatistes et les Manichéens , sachant par leur propre expérience qu'elles avaient déjà produit quelque bien, loin de les refuser, les

(1) Pierre de Vaux-Cernay, ehap. v.

(2) Ibid. Cf. Guillelmus de Nangis in Chronico ad an. mccvii. — Vincentius Bellovacensis spec. Hist., lib. xxix, cap. 93.

(3) Pierre de Vaux-Cernay, chap. vu; Humbertus, cap. xi.

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