DEUXIÈME PARTIE. — CBAP1TRE XII
désiraient de tous leurs vœux. A Montréal, les premières conférences qu'ils tinrent dans plusieurs maisons particulières et dont on parla beaucoup, ne furent toutefois que les préliminaires d'une autre conférence publique et plus solennelle. Les abbés de Cîteaux arrivèrent tous pour y assister. Pierre de Castelnau y fut présent, ainsi que Raoul. Les chefs des hérétiques y assistèrent aussi : c'étaient Arnaud Othon , Gailhabert de Castres , Benoît de Termes , Pons Jordan ; avec eux étaient venus aussi un grand nombre de leurs partisans. On choisit des arbitres ; ce furent : Bernard de Villeneuve, Bernard d'Arcens, Bernard Got et Arnaud de Ribera (1). La discussion dura plusieurs jours. Chacun des partis rédigeait un mémoire qu'il remettait à l'arbitrage des laïques que nous venons de nommer. Après la discussion écrite venait la discussion orale, dans laquelle chacun était tenu de répondre à son adversaire. On laissa aux hérétiques le choix de la question à traiter. Ils préférèrent la question de Y Eglise. L'évêque d'Osma expliqua donc la constitution ecclésiastique, distingua Tordre et la juridiction, établit le pouvoir d'ordre indépendant de l'état intérieur du prêtre, saint ou pécheur, et, remontant le
^1) Sismondi se trompe quand il dit des légats «qu'ils faisaient nommer d'avance les juges de ces combats d'esprit. » (Hist. de France, liv. ni, chap. xxiv. )
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courant de la tradition, montra comment cette constitution vénérable venait directement des Apôtres , et par eux , du Maître. Bernard Othon répondit à l'évêque, mais avec cette violence de langage qui a toujours été propre aux sectaires; Pierre de Vaux-Cernay l'a reproduite dans la brièveté de son récit. Il parla, non pas de l'Église en général, mais de l'Eglise romaine, comme ont fait plus tard les réformateurs du xvie siècle, et comme font encore aujourd'hui les révolutionnaires. Il dit qu'elle n'était pas l'Eglise sainte ni l'épouse du Christ, mais qu'elle était l'Eglise du diable, n'ayant pas d'autre doctrine que celle des démons; qu'elle était cette Babylone appelée par saint Jean dans l'Apocalypse la mère de toute fornication et de toute abomination, enivrée du sang des saints et des martyrs de Jésus-Christ : que son organisation n'était ni sainte ni bonne, ni établie par Jésus- Christ; que le Christ et les Apôtres n'avaient point déterminé Tordre de la messe comme elle se célébrait alors (I) L'évêque répondit à ces insultes par les meilleures raisons ; peutêtre eût -il été plus digne de répondre seulement par le dédain. Les arbitres furent alors admis à décider entre les deux partis. Mais les hérétiques, peu familiers avec les procédés honnêtes, firent si
(1) Pierre de Vaux-Cernay, chap. ix.