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DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE Xli

bien , que quelques-uns des mémoires rédigés par les catholiques , et les meilleurs , furent soustraits, on ne sut comment. Cependant les hérétiques ne réussirent qu'incomplètement. Ils auraient voulu que les arbitres décidassent contre les catholiques; mais les arbitres n'y paraissaient point inclinés. Que firent les sectaires? Ils mirent la division parmi eux. Les arbitres ne purent point s'entendre et les hérétiques obtinrent ainsi qu'ils ne décidassent point du tout. Ils ne purent pas empêcher du moins cent cinquante de leurs frères, témoins de la discussion publique, de revenir à la religion de leurs pères, à TEglise romaine si calomniée (l).Ce fut là le plus concluant et le plus impartial de tous les arbitrages.

Depuis deux ans (1205-1207) que les missionnaires parcouraient le pays, prêchaient avec tant de zèle et tant d'ardeur , les catholiques avaient un peu repris courage '2) ; mais les sectaires étaient de plus en plus animés contre l'Eglise (3).

(1) Pierre de Yaux-Cernay, ibid.

(2) C'est à tort que M. H. Martin représente cette conférence comme ayant mis le trouble dans le pays. (Hist. de France, liv. xxm.)

(3) Toutes les fois que les missionnaires « arraisonnaient » les hérétiques , ceux-ci leur objectaient la mauvaise conduite des clercs , en disant que , si les clercs ne voulaient pas s'amender, les légats devaient s'abstenir de poursuivre leurs prédications.

De plus en plus la lutte tendait à devenir aiguë, parfois on pouvait se croire même à la veille de luttes sanglantes. Les sectaires n'avaient vu qu'avec un profond déplaisir Pierre de Castelnau déployer une activité et un zèle surprenants. La suite va nous montrer jusqu'à quels excès la haine les porta. Ce ne fut pas aussi sans un profond déplaisir qu'ils apprirent la fondation de Prouille, par le bienheureux Dominique.

Nous avons vu que les hérétiques avaient su si bien s'emparer de l'esprit des populations languedociennes qu'ils avaient pu fonder en plusieurs endroits des maisons d'éducation où ils recevaient les jeunes filles du meilleur nom. Parmi les nobles du pays, un grand nombre ne leur avaient pas fait défaut pour la fondation de ces maisons ; ils y avaient envoyé leurs filles , les uns emportés par une sorte d'engouement, les autres par la nécessité; car, quoique la richesse publique fût grande et que le sol donnât de bons revenus, en raison même de l'espérance que ces revenus faisaient naître dans l'esprit de quelques seigneurs , prodigues de leur naturel , on en avait vu d'abord faire de folles dépenses et manquer ensuite du nécessaire. C'était donc le besoin qui avait porté ces derniers à confier leurs filles aux soins des sectaires , qui , en leur fournissant la nourriture et le vête-

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