DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII
de ce siècle, n'en resta pas moins digne des seigneurs quïl se faisait un devoir de servir.
« Ce Foulques s'entendit en hault prix et valeur, semeist à servir les vaillants hommes »(1). Il leur resta si absolument dévoué, qu'à la mort du roi Richard, de Raymond V de Toulouse, de Béral de Baux, n'ayant plus de protecteurs, n'ayant plus de seigneurs à qui consacrer les talents de son esprit, de regret et de douleur, il abandonna le monde » , pour s'appliquer au service de celui qui ne manque jamais à l'homme. 11 se retira dans le monastère du Turonet (2), en Provence, près du Luc, de Tordre de Cîteaux. Là il renonça si bien à la vie mondaine, et s appliqua si entièrement à la pratique des vertus monastiques : le recueillement, le silence et la pénitence, que, par le suffrage de ses frères, il fut bientôt élu abbé du monastère; et de même qu'à la cour du roi d'Angleterre, à celle de Raymond V de Toulouse, la renommée de son nom, « pour son grand bruit et savoir » (3), s'était répandue dans les riches pays arrosés par la Vienne, la Garonne et le Rhône, la renommée de sa vertu vintjus-
(1) Vie des plus célèbres.., etc.
(2) Tbid. Cayla et Perrin-Paviot disent : « de Florège , dans le diocèse de Fréjus. » — Hist. de Toulouse, lib. ix.
(3) Ibid. — Dante a placé Foulques dans son Paradis, et Pétrarque l'a loué dans son Trionfo d'amore.
qu'aux oreilles des missionnaires, des légats et du pape. C'était toujours cet homme à l'imagination brillante, au coeur généreux et bon, à l'âme vigoureusement trempée. Ce n'était plus l'ancien troubadour : la vie du cloître avait calmé sa nature impétueuse, adouci son caractère bouillant, rasséréné son cœur agité et troublé. Aussi, on ne s'étonne pas que Pierre de Castelnau ait rendu des actions de grâces au ciel, quand il apprit son élection. Qui pouvait mieux apprécier que lui ses êminentes qualités? Aprèsles troubles qui venaient d agiter la ville de Toulouse, à la veille des orages qui s'amoncelaient à l'horizon, comme chacun pouvait dès-lors le prévoir, ne fallait-il pas sur le siège de Toulouse unévêque qui connût les hommes et les choses de son malheureux temps , qui secondât le Saint-Siège en toute circonstance, et qui, par son caractère énergique, ne laissât pas aux hérétiques l'espoir de trouver en lui un évêque faible ou facile? Foulques n'eût-il eu que cette dernière qualité , qu'il faudrait l'estimer sans réserve et louer la prudence de ceux qui l'élurent évêque de Toulouse.
N'oublions pas qu'au commencement du xme siè cle, dans le Languedoc, la cause que plaidaient alors les légats et que défendront bientôt les soldats de Simon deMontfort, était la cause même de la civilisation et de l'honneur . C'est donc avec étonnement