‹ Les AlbigeoisChapitre 281 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAP1THE XIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAP1THE XIII

que l'on voit, de nos jours, un homme qui se dit descendant des Albigeois soutenir qu'ils étaient les vrais fils de la liberté, et que ceux qui les ont combattus : Foulques surtout , ont joué au xme siècle le triste rôle de tyrans, de bourreaux et d'oppresseurs (1). La vérité est que les Albigeois apparurent à la société du moyen âge, non-seulement comme des réformateurs insensés d'une religion trois fois sainte, mais encore comme un danger politique et social. De même que chaque homme porte en lui un principe de mal , de même chaque siècle a ses perturbateurs et ses révolutionnaires. Les révolutionnaires du xme siècle, ce furent les Albigeois. Et parce qu'alors, plus encore qu'aujourd'hui, la religion dominait tout, que toute question était une question religieuse , et tout trouble dans la religion, trouble politique et social, l'Église dut opposer à la révolution nouvelle, non pas des hommes faibles comme l'èvêque de Béziers, avides comme l'archevêque de Narbonne, ambitieux comme Rabastens, négligents comme l'èvêque d'Agde, mais résolus, désintéressés, actifs et disposés à tout perdre, même la vie. C'est à ce prix que les grandes causes triomphent. Tel était Foulques, dont le « monge des Isles d'Or et Hugues de Saint- Cesari ont escript, que ja soit qu'il fut

(1) Peyrat, Hist. des Albigeois.

originaire de (Tenues, toutefois pour son grand bruit et savoir, on le nomma Foulques de Marseille » (1).

La déposition de Rabastens, favorable à l'hérésie, et l'élection de Foulques, paraissaient être de bon augure à Pierre de Castelnau, pour l'heureuse réussite de l'œuvre déjà entreprise : décider Raymond VI à se séparer ouvertement des hérétiques, à les combattre et à les chasser de ses terres : car, comme le dit M. A. Réville, « le Catharisme avec son dualisme raffiné, son organisation épiscopale, ses prétentions à l'aristocratisme religieux, était en harmonie avec l'esprit d'une société féodale. C'est pour cela qu'il trouva son principal point d'appui dans la brillante noblesse du xne siècle.... Le voyage des légats Raoul et Pierre de Castelnau dans les provinces méridionales eut sans doute pour but spécial de combattre l'hérésie par la controverse , mais aussi et surtout de lui enlever l'appui de la haute noblesse. C'est la puissante maison de Toulouse qu'il s'agissait principalement de détacher. » Nous avons vu quelles démarches Pierre de Castelnau avait déjà faites auprès de lui, démarches qui n'avaient pas abouti : le comte, toujours indécis, temporisant et rusant aussi, parce qu'au fond il inclinait vers

(1) Les vies des plus célèbres...., etc.

Page 1