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DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII

l'hérésie, répondait habituellement aux légats par des paroles évasives ; d'autres fois il alléguait la nécessité où il était de prévenir toute attaque du dehors, c'est-à-dire du comte de Provence et du roi d'Angleterre, qui l'épiaient sans cesse. Mais actuellement l'élection de Foulquesétait un double malheur pour lui : il avait perdu en Rabastens un ami, il trouvait en Foulques un adversaire résolu.

Pierre de Castelnau crut donc l'occasion venue d'essayer encore une démarche auprès du cauteleux et faible comte. Vers la fin de cette année, il se rendit à Toulouse, et comme il connaissait le comte accessible à la peur et au découragement, il usa de son autorité pour lui ordonner de chasser les hérétiques de ses domaines. Raymond VI s'irrita. Pierre de Castelnau , voulant ménager son caractère, qui s'emportait d'abord et cédait ensuite, temporisa. Quelques jours après, il somma encore le comte de se rendre à son invitation, et cette fois, quelques citoyens influents de la ville , catholiques dévoués à l'Église romaine et à leur patrie, craignant quelque catastrophe, prièrent leur comte de prendre en considération les désirs du légat, et parlèrent au nom de tous les enfants fidèles au pape qui habitaient la « grande ville ». Les catholiques, en effet, malgré les rapides progrès de la secte, étaient restés en majorité à Toulouse. Raymond se laissa toucher et promit de chasser de ses

domaines les Vaudois et les bandes de routiers. Il ne fut pas question des hérétiques dualistes. 11 était évident que Raymond les ménageait encore. Toutefois le légat n'insista pas; il fut satisfait d'avoir obtenu un commencement de retour, qu'il considéra, non pas seulement comme une espérance, mais encore comme une promesse de combattre énergiquement l'hérésie. Pierre de Castelnau quitta Toulouse et vint à Montpellier, dont les habitants négociaient la paix avec le roi d'Aragon, leur seigneur, contre lequel ils avaient engagé la lutte à main armée. Il désirait vivement que la paix s'établît dans le Languedoc. Aussi insista-t-il pour que ce traité fût bientôt signé. Il se servit de son autorité de légat pour proposer certains arrangements , qui rendirent le traité durable. Il assista même à la signature de ce traité, quel'évêque de Maguelone avait rédigé (27 octobre 1206).

Pendant ce temps, Raymond VI quittait, lui aussi, Toulouse, capitale de ses états, pour visiter le riche pays qui l'entoure. Déjà le bruit du mécontentement des hérétiques était arrivé jusqu'à lui. A peine sorti de son palais, les hérétiques se pressèrent autour de lui , pour le prier de ne pas les abandonner. Dans chaque ville, dans chaque village, dans chaque château, c'étaient les mêmes sollicitations. Peut-être les hérétiques le trompaientils sur le nombre des adeptes et lui faisaient-ils en-

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