‹ Les AlbigeoisChapitre 283 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Xlil · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Xlil

trevoir un soulèvement général, une levée (l armes contre un comte qui agissait à l'encontre de la majorité de ses sujets : dès-lors on savait faire parler le spectre magique du nombre ; alors , comme de nos jours, une minorité factieuse savait intimider par le bruit retentissant de ses prétentions, de ses menaces et de ses forces. Les sectaires comprenaient maintenant que le pontife de Rome resterait inébranlable dans ses desseins ; peut-être prévoyaient-ils ou craignaient- ils une résolution extrême. Dans tous les cas, il leur fallait un chef politique. Si Raymond VI les abandonnait , un seul parti s offrait à eux : quitter le pays et prendre la route du Pô et de l'Adriatique. Ils se réunirent donc au château de Mirepoix; plusieurs centaines de Parfaits s'y trouvèrent. On fit connaître à l'assemblée la situation de la secte. Les moines étaient partout, prêchant et exhortant : non-seulement les moines, mais encore plusieurs membres du clergé séculier, dont les hérétiques signalèrent avec complaisance les désordres, et qui enfin sortait de son trop long silence. Ainsi, Guillaume Clergue prêchait au château de Dun, non loin de Mirepoix, Pierre de Corona et Pons de Beaufort à Tarascon, Isarnde Castres à Laurac, Raymond Bernard de Saint- Martin à Gaïan. Les légats étaient de plus en plus actifs et résolus ; Raymond VI lui-même ,

sur la fidélité duquel eux , les Albigeois , avaient fondé tant d'espoir , s'était laissé persuader par la parole hautaine de Pierre de Castelnau. Il fallait donc se prémunir contre le danger qui les menaçait. Raymond de Pérelle, puissant seigneur, propriétaire du château de Montségur, qui leur avait déjà servi de refuge, mais qui était en grande partie détruit, était demeuré leur ami dévoué et leur protecteur. C'est à lui qu'ils devaient donc avoir recours. Les parfaits Raymond de Mirepoix et Raymond Blasquo furent chargés par l'assemblée de lui faire connaître les malheurs de la situation présente, et de lui demander la reconstruction du château de Montségur, qui présenterait le double avantage de leur servir d'asile contre l'attaque des catholiques et d'être une menace pour Raymond VI. Bientôt, en effet, on vit le château de Montségur porter avec fierté jusque dans les nues ses puissantes murailles et ses hautes tours (1). Raymond VI n'ignora rien , et il ne fut pas difficile au malheureux comte de Toulouse de voir dans quel cruel dilemme il s'était lui-même placé : ou bien s'avouer franchement catholique et voir une partie de ses sujets se sou-

(1) Ce n'était donc pas Pierre de Castelnau , « qui s'efforçait de révolutionner la Province », comme l'ont écrit Gayla et Perrin-Paviot. (Hist. de la ville de Toulouse, liv. ix. )

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