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DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII

par Raymond VI. Ils s'engagèrent à marcher contre les hérétiques aussitôt après la conclusion de la paix. Soutenus par l'Église , ils pouvaient se promettre , après avoir accompli une œuvre de foi, d'y trouver un avantage politique.

La faute de Raymond VI n'était cependant pas irréparable. Malheureusement il ne comprit pas que, s'il ne prenait pas lui-même l'initiative de la lutte contre les hérétiques, il verrait bientôt sur ses propres terres des armées étrangères ; en se déclarant nettement contre les hérétiques , il contentait le légat et enlevait tout prétexte à ses ennemis ; il faisait un acte de foi et de saine politique, il prévenait la guerre terrible dont il fut plus tard la victime. Non-seulement il méconnut sa situation , mais encore il l'aggrava. Ses conseillers , plus hostiles à l'Eglise peut-être que lui-même, lui firent entendre qu'on n'en voulait pas proprement aux hérétiques, mais à ses riches domaines, et que s'il laissait les Provençaux franchir la frontière , c'en était fait de lui. Ce raisonnement paraissait contenir un semblant de vérité ; Raymond VI l'accepta pleinement sans se préoccuper des conséquences. Aussi, malgré les vives sollicitations de Pierre de Castelnau, il refusa de suspendre les hostilités. En mettant en avant ce motif politique , il était sincère : il crut à la réalité du danger qu'on lui signalait.

Mais il ne songea pas que bientôt l'Eglise disposerait d'une autre armée , autrement formidable que celle de Provence, qu'il ne lui serait pas possible d'arrêter.

Le légat ne crut pas à la sincérité de Raymond VI , et nous disons qu'il ne pouvait pas y croire. Le comte s'était si souvent servi de ce prétexte politique ! De plus , les hérétiques disaient et répétaient publiquement que le comte était enfin pleinement dévoué à leurs intérêts. Comment le légat aurait-il cru à la parole de cet homme hésitant, faible , sans constance et de plus en plus dévoué aux hérétiques4? Il l'excommunia donc et jeta l'interdit sur toutes les terres soumises à sa domination. Innocent III , à qui le légat communiqua la sentence portée contre le comte, écrivit (1 ) aussitôt aux archevêques d'Embrun , d'Arles, de Narbonne et à leurs suffragants , de veiller à ce que la sentence de son légat fût strictement observée (2); il écrivit aussi au comte et le menaça, s'il ne concluait pas la paix, de lui enlever ses domaines (3). Le malheureux comte, intimidé, toujours indécis et faible, prit encore le parti de la dissimulation. « Il promit au

(1) Le 29 mai 4206.

(2) D. Bouquet, Rec. des Hist., t. xix, 491 . — Ménard, Histoire de Nimes, I, pr. 42.

(3) Hist. de Languedoc, liv. xxi, 33.

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