DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XIII
légat de conclure la paix et d'exterminer les hérétiques dans ses états , mais avec l'arrièrepensée de profiter de toutes les occasions pour n'en rien faire» (1). Le légat, qui avait si souvent appris à se méfier, lut dans sa pensée. 11 le pressa encore; car, enfin, d'une part, les hérétiques devenaient de plus en plus audacieux, au point que plusieurs des missionnaires sollicitaient d'être affranchis de leur ministère infructueux, et, d'autre part , les barons de Provence , libres du côté du comte de Toulouse , étaient disposés à marcher contre eux. C'était donc Raymond VI qui compromettait la cause sainte. Le légat lui demanda encore de traiter de la paix ; le comte répondit par un refus. Le légat l'excommunia encore, et le pape écrivit le 17 novembre 1207 au roi de France de lui prêter main-forte pour extirper l'hérésie toulousaine ; et afin de l'engager à descendre sur les bords de la Garonne, il prenait tous ses domaines sous sa protection, qui alors valait plus qu'une armée, et accordait à ceux qui prendraient les armes l'indulgence de la croisade (2), 11 écrivit dans les mêmes termes à tous les comtes, barons, soldats et fidèles du pays de France , au comte de Troyes , au comte de Nevers , au duc de
(1) Cauvet, Étude hist. sur Fonfroide, liv. vi, ch. i.
(2) Migne, lib. x, ep. cxlix.
Bourgogne et au noble guerrier G. de Donpierra (1).
Une seconde fois, Raymond VI fut pris de peur. Chose singulière ! Cet homme , qui ne se rendait jamais aux désirs du légat, ne pouvait supporter la pensée qu'il était sous le coup d'une excommunication , tant le pouvoir du Saint-Siège était grand et redoutable alors ; tant il était nécessaire pour la tranquillité des états et pour le pouvoir des grands de marcher sous la houlette du pasteur suprême ! Raymond prit le parti de traiter avec Pierre de Castelnau. Il lui demanda une conférence. Elle se tint à Saint-Gilles dont les ancêtres de Raymond étaient comtes, avant de l'être de Toulouse. Raymond y vint , irrité et bouillant de colère contre ce moine qui , depuis six ans , le poursuivait de ses sollicitations, et qui, à ses yeux, se laissait conduire et inspirer des conseils des Provençaux, ses ennemis. Dans la première entrevue , Raymond «ne sut être que violent» (2). Tout ce que l'on sait de cette conférence, c'est que Raymond, en se retirant, proféra contre le légat des menaces de mort.
« Le lendemain de la conférence (8 janvier 1208), Pierre de Castelnau allait traverser le Rhône près
(1) Potthast, Regesta Sum. Pontif.
(2) M. Gauvet, loc. cit.