DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII. Ô
dans la province de Narbonne. Déjàil avait obtenu de sérieux résultats, il ne cessait d'en obtenir: car, c'est à l'école du Christ qu'il avait appris ce qu'il enseignait ; aussi pouvait-il par la saine doctrine exhorter et convaincre ses contradicteurs. 11 était toujours prêt à répondre à quiconque l'interrogeait , il possédait tout l'enseignement de la foi, il était versé dans la science du droit: il était d'une grande éloquence. Le démon a soulevé contre lui celui qui est son propre ministre, le comte de Toulouse. Celui-ci , pour de nombreux et de grands excès dont il s'était rendu coupable contre l'Église et contre Dieu, avait souvent encouru la censure ecclésiastique ; souvent aussi, comme un homme rusé et inconstant , ayant feint le repentir, il avait été relevé de la censure. Mais, enfin, ne pouvant pas contenir ' la haine qu'il avait conçue contre lui, il les convoqua, tant lui que son collègue, légats du Siège Apostolique, à Saint-Gilles, en leur promettant de leur donner pleine satisfaction sur chacun des points qu'ils désireraient. Mais quand ils furent arrivés à Saint- Gilles, le comte, au lieu d'accomplir la promesse qu'il avait faite si facilement, mais menteusement, refusa frauduleusement et avec colère de la tenir. Les légats parlèrent donc de se retirer , et le comte proféra publiquement des menaces de mort, disant que, dans quelque lieu par terre ou par eau qu'ils tentassent
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de s'enfuir, il les ferait soigneusement surveiller. Et aussitôt songeant à mettre ses paroles à exécution, il désigna ses complices, auxquels il fit connaître les embûches à dresser. Les prières de notre cher fils l'abbé de Saint-Gilles, des consuls et des bourgeois n'apaisent point sa fureur. Ceuxci cependant, malgré le comte, accompagnèrent les légats jusqu'à la rive du Rhône. La nuit les retint en ce lieu. Quelques soldats du comte, inconnus, se logèrent avec eux, dans la pensée de verser leur sang. Le lendemain, de grand matin, la messe fut célébrée comme de coutume ; au moment où les légats inoffensifs se préparaient à passer le fleuve, un de ces soldats, sujet de Satan , brandissant sa lance , l'enfonça dans le corps de Pierre qui était loin de soupçonner une telle trahison. Pierre n'eut qu'une parole de pardon; regardant son meurtrier impie: «Dieu te pardonne, lui dit-il ; pour moi, je t'ai déjà pardonné! » L'espérance des choses célestes lui fit oublier la douleur de sa blessure ; ses compagnons de ministère ne l'abandonnèrent pas ; il ne cessa même alors de travailler à la paix ; et après de nombreuses oraisons , il s'endormit heureusement dans le Seigneur » (1).
Dans ce récit, tracé par Innocent III, il n'est
(1) Epist., lib. xi, epist. xxvi.