‹ Les AlbigeoisChapitre 290 sur 313 · DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIII

point question des violences du légat, ni d'une dispute avec un soldat qui l'aurait rencontré sur les bords du Rhône, ni de dévouement féodal. C'est le comte qui se laisse emporter par une colère, dont la fureur ne peut être apaisée ni par l'abbé de Saint-Gilles, ni par les consuls, ni par les bourgeois; c'est la trahision, ourdie dans l'ombre, méditée, voulue, exécutée; enfin, c'est le crime dont la victime représente le pouvoir le plus auguste, le pouvoir de Dieu.

« Le comte doit être regardé comme coupable de la mort du légat, disait le pape, non-seulement parce qu'il l'a menacé publiquement et qu'il a organisé les embûches, mais encoreparcequ'ila admis chez lui le meurtrier et l'a comblé de présents» (1). En se plaçant au seul point de vue du droit commun, qui, alors comme aujourd'hui, réglait les relations respectives des princes, le pape restait dans les limites de son droit en demandant vengeance pour sa majesté blessée etpour son pouvoir méconnu.

(1) Les contemporains racontent la mort du légat comme le pape lui-même. « Le légat s'étant retiré , dit Guillaume de Nangis ( chronique ), deux serviteurs du comte se joignirent à lui et logèrent pareillement dans la même hôtellerie. Le matin étant venu , Pierre , après avoir célébré la messe, sortit de l'hôtellerie ; mais comme il était arrivé sur les bords du Rhône , un de ces deux serviteurs le frappa de sa lance entre les côtes. » Ad annum 1208.

Il écrivit, en effet, au roi de France une lettre, dans laquelle, après lui avoir annoncé avec l'accent de la plus profonde douleur « cette chose cruelle et le deuil de l'Église », il lui disait que le comte de Toulouse était excommunié, et lui demandait de se joindre à lui pour tirer « vengeance de ces malfaiteurs. Autrement la peste de l'hérésie et la rage de l'ennemi » triompheraient dans le pays de Languedoc déjà désolé, et « levaisseau de l'Église semblerait naufrager » (1). Il manda aussi à tous les comtes, barons et peuples établis en France, de se lever « pour rétablir la paix » dans le pays du Midi , opprimé par la perversion hérétique (2).

Le comte de Toulouse était excommunié , ainsi que ses complices et les fauteurs de l'hérésie ; ses sujets étaient déliés du serment de fidélité : c'était donc plus que jamais la lutte ouverte. Le pape ne perdit pas un instant : il écrivit à Arnaud pour le confirmer dans ses pouvoirs de légat (3). 11 lui adjoignit Navarre, évêque de Conserans, et donna à Tun et à l'autre plein pouvoir pour les provinces d Arles, de Narbonne, d'Auch, de Vienne et d'Embrun, et pour les diocèses voisins (4) ; il

(1) Epist., lib. xi, epist. xxvni.

(2) Tbid., epist. xxix.

(3) Ibid., epist. xxxn.

(4) Teulet, Layettes, I, 317, n° 843.

Page 1