‹ Les AlbigeoisChapitre 29 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II

philosophie n'est absolument fausse , et que toute religion est quelque peu divine; il se formera par cette sorte d'éclectisme un ensemble heureux et habile de principes, destiné à rallier tous les hommes dans un même symbole; il se fera ainsi le précurseur des maîtres de la pensée moderne , qui ne désavoueraient pas sans doute une telle école.

Manès disait : La raison est la seule lumière qui éclaire l'esprit de l'homme. Ce fut là le rationaliste, qui acquit une grande gloire dans un siècle dont jes idées restèrent sans fixité et les assises sans solidité.

Il se proclama en même temps apôtre de Jésus- Christ. Ce fut là l'imposteur : et de l'imposture au fanatisme il n'y a qu'un pas. On l'a accusé, les uns de s'être dit Dieu lui-même , les autres de s'être regardé comme le Saint-Esprit. Ses disciples le considérèrent toujours comme un grand saint, inspiré du Saint-Esprit. D'après une formule d'abjuration du vie siècle , était anathématisé , en effet, quiconque croyait que le Paraclet était venu dans Manès (1).

Manès donc, par la plus audacieuse des impostures, se disait apôtre; mais apôtre supérieur aux autres apôtres en dignité , en puissance et en

(1) Voir : Prosperi ex Manichœo conversi fidei catholicœ professio, publié par Muratori et inséré par Fabricius dans le vol. n des œuv. d'Hippolyte.

vertu. Parce qu'il était apôtre, plus grand que tous les apôtres, il rejeta l'Ancien Testament. Les principes de l'Ancien Testament sur la Divinité n'étaient pas assez purs, disait-il, ni la morale assez parfaite ; les promesses temporelles, dont toutes les pages sont remplies, ne pouvaient que développer les inclinations charnelles de l'homme; leculîe mosaïque rabaissait la Divinité : le récit de la création et de la tentation n'était qu'un long tissu d'erreurs ; enfin c'était une illusion de croire que les Prophètes avaient prévu et annoncé les diverses circonstances de la naissance, de la vie et de la mort de Jésus-Christ ; le démon seul pouvait être l'auteur des récits du Pentateuque, car il est seul capable de prescrire des sacrifices sanglants.

Dans sa lutte contre l'Écriture, Manès s'appuyait donc sur des principes prétendus rationnels. Ainsi font encore les rationalistes modernes ; ceux-ci cependant étayent leurs conclusions sur d'autres principes , sur les principes de la critique éclairée , disent-ils , par les découvertes récentes de TÉgyptologie et de l'Assyriologie (1). C'est la différence ; mais un trait commun les unit ; outre le but identique d'enlever à l'Ecriture toute

(lj M. Vigouroux, dans son bel ouvrage La Bible et les découvertes de l'Êgyptologie et de V Assyriologie , a montré l'accord de l'Écrilureravec les découvertes récentes.

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