PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II
certitude historique, c'est l'acharnement des uns et des autres contre les trois premiers chapitres de la Genèse, qui renferment le récit de la création et de la chute. Ce récit était contraire aux principes de Manès sur la matière, sur la création de l'homme, sur le mariage, de même qu'il condamne la théorie du progrès absolu tant préconisé par les rationalistes de nos jours. L erreur donna aux uns et aux autres les mêmes armes. Mais vaines furent les attaques de Manès, comme le seront celles de tous les égarés de la philosophie, de la théologie, de la raison ou du cœur ; car la vérité des livres de l'Ancien Testament repose sur Dieu lui-même.
Quant au Nouveau Testament, Manès et ses disciples rejetèrent d abord les Actes des Apôtres, alléguant pour prétexte que la vision de saint Pierre à Joppé (1) était une absurdité flagrante, mais, en réalité, parce que les Actes des Apôtres, par le récit des merveilles de la Pentecôte, détruisaient l'opinion de Manès, qu'il avait pleinement et exclusivement reçu le Saint-Esprit. Ils ne reconnaissaient pas davantage Y Apocalypse , YEpitre de saint Jude , la IIe Epitre de saint Pierre, la IIe de saint Jean. Pourquoi? Parce que, à leur sens, ces livres renfermaient des erreurs mani-
(1) Act. x, 14.
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festes. Beatisobre, qui a accepté et écrit tout ce qui peut être favorable à Manès , semble croire que ce fut parce que les Syriens ne recevaient pas ces livres dans leur canon; r ancienne version syriaque du Nouveau Testament, que les Syriens appelaient simple, ne les nomme pas en effet. Mais Manès et ses disciples avaient d autres raisons : ils rejetèrent avec une impitoyable rigueur tous les livres qui contredisaient leur système, de même qu'ils admirent tous les livres, soit des philosophes , soit des hérétiques , qui le défendaient , tant il est vrai que l'esprit de système est le pire des esprits !
C'est en s'autorisant de cette même prétention, qu'ils osèrent s'ériger en censeurs de l'Evangile. Il faut avouer toutefois que, quant aux Evangiles, ils marchèrent plutôt sur les traces de Marcion et d'Apelles. Avec ces négateurs audacieux, ils disaient que les Evangiles n'avaient pas été écrits par les auteurs dont ils portaient le nom. Comment prouvaient-ils cette négation4? Nous ne saurions le dire, puisque leurs écrits n'existent plus; mais apparemment les rationalistes modernes n'allèguent pas des raisons différentes des leurs.
11 leur fut du moins impossible de rejeter l'authenticité des Epitres de saint Paul. Mais à l'erreur les moyens ne font jamais défaut : ne pouvant nier l'authenticité, ils soutinrent l'interpolation