DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XIII
Avant de finir ce chapitre , montrons quels furent en 1208 le but et le caractère de la guerre terrible qui suivit. Nous disons en 1208, car plus tard cette guerre prit un autre caractère , comme il sera facile de le constater.
Les historiens, dont nous avons déjà parlé , se sont singulièrement mépris et sur la cause et sur le but et sur le caractère de la lettre d'Innocent III,. qui demandait à tous les seigneurs de France de s armer contre l'hérésie. «La réaction s'apprêtait à user des forces immenses qui restaient au catholicisme et qu'Innocent III n'avait pas eu besoin jusqu'alors d'employer dans l'intérieur de la chrétienté, dit l'un d'eux : la masse énorme des églises orthodoxes s'ébranlait sourdement ; la France et l'Allemagne, qui voyaient à chaque instant les doctrines manichéennes éclater dans leur sein comme des incendies allumés par les étincelles jaillissant du foyer provençal , la France et l'Allemagne s'agitaient en courroux et menaçaient de loin la terre « impie » de la langue d'Oc; déjà circulait partout cette pensée , que les pires ennemis de la foi n'étaient plus aux rives du Nil et du Jourdain ; dans le Midi même , le parti catholique , très-nombreux encore et exaspéré par les progrès et les provocations des hérétiques, appelait l'étranger avec une aveugle furie. A ces éléments de victoire et de vengeance ne
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manqua pas le génie capable de les coordonner et de les mettre en œuvre. Sur la chaire de Saint- Pierre était assis un de ces hommes dont l'œil daigle embrasse d'un regard tous les dangers et toutes les ressources, et dont l'âme inflexible ne recule devant aucune nécessité. Innocent III, pareil à l'ange exterminateur, prépara durant dix années l'épouvantable orage qu'il précipita enfin sur les pays provençaux» (1). Cet auteur continue par ces mots, destinés à produire une profonde impression sur l'esprit du lecteur : « Au moment d'entamer ce récit de sang et de ruines, l'esprit s'arrête, saisi d'une profonde tristesse ».
Sismoncli déplore le sort de ces belles provinces du Midi, abandonnées «aux fureurs de nombreuses hordes de fanatiques » (2). Pour lui « la cause de la dévastation de cette belle contrée » , ce fut « la prédication d'une première réforme religieuse »(3). Les Albigeois réformateurs ! La passion seule peut aveugler à ce point. Il ajoute : « Ces peuples (du Midi) excitèrent la jalousie et l'aversion des barbares qui les entouraient. La lutte s'engagea entre les amis des ténèbres et ceux des lumières, entre les fauteurs du despotisme et ceux de la liberté ;
(1) H. Martin, Hist. de France, IIe part. liv. xxm.
(2) Hist. des Français, IIIe part, chap xxiv.
(3) Ibid.