‹ Les AlbigeoisChapitre 293 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XIII

le parti qui voulait arrêter les progrès de l'espèce humaine avait pour lui la pernicieuse habileté de ses chefs, le fanatisme de ses agents et le nombre de ses soldats ; il triompha, il anéantit ses adversaires, et il profita avec tant de fureur de sa victoire que le parti vaincu n'a jamais pu se relever dans les mêmes provinces ou parmi les mêmes races d'hommes» (1).

Vous venez de contempler les membres palpitants de la victime, qui combattait pour «le progrès de l'espèce humaine » ; voici le vautour : «Innocent III était décidé à ne point démentir la conduite audacieuse de ses légats. Il paraît qu'il recherchait l'occasion de commencer les hostilités, sentant bien qu'après les progrès qu'avait faits l'opinion publique, les bourreaux (où étaient-ils?) ne pouvaient plus suffire pour détruire l'hérésie, et qu'il fallait frapper le peuple entier par le glaive des soldats » (2). Afin de le rendre plus infâme et plus odieux, cet auteur ajoute qu'il prêcha la croisade avant le meurtre de Pierre de Castelnau, tandis que la mort du légat est du 8 janvier 1208, et la lettre du pape du 9 mars (3) de cette même année. Pour montrer que le sentiment qui a fait agir le pape, c'est la haine et la vengeance, il ter- Ci) Op. cit.

(2) Ibid.

(3) Cf. Potthast, Reg. sum. Pont.

mine par ces paroies accusatrices: « Raymond VI n'avait pas eu une part tout-à-fait aussi directe à la mort de Pierre de Castelnau, que l'avait eu Henri II à la mort de Thomas Becket. Mais Innocent III était bien plus orgueilleux et bien plus implacaWe que l'avait été Alexandre III. » Comme si la situation de Pierre de Castelnau était la même que celle de Thomas Becket ( 1 ) .

C'est ainsi que ces historiens se sont comme plu à dénaturer l'acte du 9 mars 1208. D'après eux, la haine , la vengeance , l'ambition , la convoitise des races du Nord, envieuses de celles du Midi, ont déterminé la prédication de la croisade.

La haine. — De qui? d'Innocent III ! Pour qui? pour Raymond VI, qu'il avait relevé de l'excommunication quelques mois après être monté sur le trône pontifical (2).

(4) M. Duruy semble vouloir dire que ce fut le dépit qui décida le pape à prêcher la croisade. Il suppose d'abord qu'il commença à établir l'inquisition , puis il ajoute : « Cependant l'inquisition , ayant elle-même échoué , le pape fit prêcher une croisade. » ( Hist. de France , 1. 1, p. 299. ) Malheureusement pour la vérité de l'opinion de M. Duruy, l'inquisition n'était pas encore établie.

(2) G. de Puylaurens nous fait connaître la vérité sur ce point. «Tous deux, dit-il (Pierre de Gast. et Raoul), avaient mission d'obtenir du comte de Toulouse l'expulsion des hérétiques et des routiers hors de ses domaines. » {'Chron., chap. vu.)

Page 1