PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE
Jupiter-Ammon pour savoir où étaient et quelles étaient les sources du Nil. « Ne manquait-il donc à la félicité de ce prince, s ecrie-t-il, que de connaître d'où part ce fleuve pour descendre en Egypte? Non, assurément. Il aurait dû laisser couler les fleuves des lieux où Jupiter a placé leurs sources ; après être arrivé ou au temple d'Ammon, ou auprès des chênes du pays des Thesprotes (1), ou auprès de la pythonisse du Parnasse, ou auprès de l'oracle du fleuve Isménus (2), ou auprès de l'oracle de Délos, ou auprès de tout autre, soit grec, soit barbare, il aurait dû prier Jupiter et Apollon de rendre une réponse unique, mais d'une utilité commune et générale pour tout le genre humain. Certes, c'était sur cette question qu'il eût été plus important pour le genre humain de consulter les dieux, que de les consulter, comme les Doriens, sur leur expédition dans le Péloponèse, comme les Athéniens sur leur expédition en lonie, ou comme les Corinthiens sur leur expédition en Sicile. Pourquoi demander d où viennent les biens ? Ce n'est pas là-dessus qu'il est nécessaire de con-
(1) Peuple d'Épire. Theil . Dict. de biogr., au mot TYiesproti.
(2) Fleuve qui coule en Béotie. Apollon avait un oracle non loin de ses bords. — Pausanias , lib. x, cap. 40 . Pindare, Pythiques , ode n. Cf. Theil, op. cit. au mot Ismenus.
sulter les dieux ; la cause ne peut pas en être inconnue . elle est manifeste pour tous les hommes. Cette cause des biens, c'est celui qui est le créateur et le père de toutes choses ; c'est celui qui a établi l'harmonie dans les cieux, qui tient les rênes du soleil et de la lune, qui dirige le cours des astres, et qui marque au chœur brillant des étoiles les mouvements qu'elles doivent exécuter; c'est celui qui a fait le partage des saisons, qui gouverne les vents, qui a assemblé les mers et fondé la terre , qui fait couler les fleuves et qui donne la fécondité aux plantes et aux animaux. Jupiter cligna le sourcil et toutes ces œuvres existèrent. Là-dessus je n'ai pas besoin d'oracle. J'en crois Homère, j'ajoute foi à Platon, j'ai pitié d'Epicure. Mais si je me tourne du côté des maux, je ne puis m'empêcher de demander quelle en est la première origine. Viennent-ils donc d'Éthiopie avec la peste, ou de Babylone avec Xerxès, ou de Macédoine avec Philippe? Car certainement ils ne viennent pas du ciel. L'envie est bannie pour jamais de ce séjour de la félicité. C'est ici où j'ai besoin d'oracle : consultons les Dieux. » (1)
(1) Maxime de Tyr, philosophe platonicien du deuxième siècle. Il n'attaqua pas directement la religion chrétienne, mais, d'accord avec Apulée de Madaure, il aurait voulu faire subir au paganisme des modifications telles, qu'il empêchât le développement toujours croissant du christia-