PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II
des Épîtres. Les passages contraires à leurs doctrines, ils les retranchèrent : ainsi ils firent connaître le vrai motif de leur conduite.
Les Manichéens cependant ne s'arrêtèrent pas à une négation. La négation pure et simple , en matière religieuse , conduit au scepticisme le plus universel. Manès voulut donc que l'on crût et que Ton crût en lui. Aussi ce fut , à notre avis , une habileté très- grande, qui s'imposait , à la vérité, au milieu du 111e siècle , mais qui lui concilia un grand nombre d esprits, que d'opposer aux livres chrétiens d'autres livres destinés à être mis entre les mains de ses fidèles et à devenir comme le canon de la nouvelle Église. Le christianisme se présentait au monde comme étant une grande affirmation , l'affirmation du mystère divin ; ils lui opposèrent donc une autre affirmation. Les impies de nos jours ne répondent au besoin de croire que les peuples éprouvent que par une négation : c'est ce qui constitue leur infériorité sur les Manichéens dans leur lutte commune, dont le but est le renversement de l'Eglise, et l'enjeu la possession des esprits et des coeurs.
Les Manichéens choisirent donc un peu partout les livres destinés à former le canon de leur foi : leur éclectisme n'eut d'autre critérium que leur doctrine préconçue. Des esprits plus difficiles ou plus sincères se seraient arrêtés devant ce cercle
vicieux; mais cette considération les toucha si peu, qu'ils ne se firent pas faute d'interpoler et de dénaturer les livres des philosophies ou des religions qui n'étaient pas en accord parfait avec leur doctrine.
Notre pensée, toutefois, nest pas de faire connaître dans le détail chacun de leurs livres. Nous parlerons seulement de leur méthode, et sans nous écarter de notre sujet , car, au xne siècle, nous retrouverons le même système .
Les livres qui composaient leur canon étaient de quatre sortes : les uns étaient pris parmi les œuvres des anciens Philosophes, d'autres portaient le nom des anciens Patriarches , ceux-ci passaient pour être des Apôtres et des hommes apostoliques eux-mêmes, enfin les derniers, qui sortaient d'une main absolument pure, étaient les quatre livres dont nous avons déjà parlé, attribués par quelques auteurs à Scythien.
Pour admettre les livres des philosophes, ils s'appuyaient sur ce principe exprimé par Lucain : « Nous sommes tous unis à la divinité, elle na pas besoin de paroles pour se faire entendre. Elle nous dit en naissant tout ce que nous avons besoin de savoir. Elle n'a pas choisi les sables arides de la Lybie (l'oracle de Jupiter Ammon ) pour y ensevelir la vérité , afin qu'elle ne soit connue que d'un petit nombre d'hommes. Elle se