DEUXIEME PARTIE. CHAPITRE XIV
selon cette même tradition , le prieur du monastère lui répondit : « Allez , Dieu a de plus grands desseins sur vous» (1). La prédication, voilà la vocation supérieure que Dieu lui réservait. En lui, ce fut la prédication de l'exemple qui brilla d'un plus vif éclat que l'éloquence ; car il vit , avec ce coup-d'ceil rapide et sûr que Dieu donne aux saints, que la cupidité ou la dissolution de ceux-là mêmes que leur état engageait à une plus grande sainteté, étaient, selon l'expression d'un de ses biographes « une odeur de mort », empoisonnant les œuvres des « anges et des ministres de Dieu » (2). 11 sappliqua donc à la pratique des vertus les plus austères. Les hérétiques reprochaient au clergé l'amour des richesses : Dominique vécut dans une pauvreté extrême. De bonne heure , au reste, il avait montré l'estime qu'il professait pour cette vertu ; pendant qu'il étudiait en Espagne , n'avait-il pas vendu même ses livres pour faire des aumônes plus larges, montrant ainsi que toute pauvreté bien entendue se convertit en charité pour les autres (3) ? Il lui arriva même une fois de n'avoir que le royaume des cieux à offrir au batelier
(1) P. Touron, La vie de saint Dominique, liv. i. ch. v.
(2) Saint Paul.
(3) F. Constantinus, Vit. Dom., n° 6.
de la Garonne , qui l'avait porté s or l'autre rive (1).
Pour cette autre vertu, la gloire du sacerdoce et la force de l'Église, dont l'Évangile n'est que le suave rayonnement, saint Dominique lui donna un éclat tout nouveau (2).
Partout il se conduisait non-seulement avec la prudence , la réserve et la modestie demandées par la vie chrétienne, mais encore avec cette mortification et cette austérité qui caractérisent les saints. On connaît l'histoire de la conversion de quelques j eunes femmes de Toulouse. Le trouble des idées était si grand alors, que la modestie dans le vêtement, la sévérité de la table qu'affectaient les hérétiques dans toutes leurs relations , avaient séduit et entraîné quelques femmes appartenant aux meilleures familles de Toulouse. Ces femmes s'étaient même réunies dans une même maison, où elles menaient la vie commune ; elles voyaient souvent les chefs hérétiques et s'entretenaient ainsi dans leur ferveur de dualistes de la veille. Le saint , venant à Toulouse, apprit avec douleur l'état de ces âmes tombées. Ce ne fut pas assez pour lui d'avoir fondé la maison de Prouille , destinée à recevoir les jeunes filles du pays : il voulut aller aux mères
(\) F. Constantinus, Vit, Dom., n° 32.
(2) Voir la lettre des deux archidiacres de Toulouse dans Quétif et Echard, t. i, p. 56.