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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE XIV

elles-mêmes, afin de faire revenir pleinement dans les familles la vérité religieuse.

11 demanda donc à voir ces dames hérétiques; et il fît si bien, qu elles revinrent aussitôt à la vieille foi de leurs pères (1) .

On a donc méconnu le véritable caractère de l'apostolat de saint Dominique, quand on l'a représenté allant au-devant des croisés, les accompagnant dans leurs rapides conquêtes et demandant le sang des ennemis de l'Eglise. Un pareil récit n'est qu un roman historique. Le grand missionnaire n'eut jamais d'autres armes que la patience, la douceur, l'humilité, la persuasion et la prière. Sans doute, il ne condamnait pas la croisade comme mauvaise en elle-même, la guerre étant devenue une nécessité extrême, devant laquelle les papes avaient hésité pendant un siècle; mais il savait qu'audessus de l'intimidation, il y a la persuasion qui seule engendre la confiance et l'amour. Il faut donc le regarder comme absolument étranger à ces exécutions sommaires, qui désolèrent le pays ; il eût voulu plus de ménagement et de douceur. Simon de Montfort se laissait conduire par le seul sentiment de la justice des armes et d'un devoir à remplir, et montrait ainsi, à sa manière, que seuls les saints sont indulgents et patients . Mais les historiens

(1) F. Humbertus, Vit., cap. 18. Cf. F. Constant. Vit., n- 15.

qui ont vu en saint Dominique le génie inspirateur des hautes œuvres accomplies par le chef de la croisade ont manqué de sens critique. Les chroniqueurs du temps, Pierre de Vaux-Cernay, Guillaume de Puylaurens, Guillaume de Tudèle, et tous ceux qui nous ont conservé le souvenir de cette guerre qui fondit sur le Languedoc comme un coup de foudre, nont jamais mêlé le nom de Dominique au récit des batailles, ni signalé sa présence dans les combats.

Une seule fois il apparaît : c'est à la bataille de Muret; et là même, avant que les soldats ne s'élancent, il supplie le comte de Montfort de ne pas engager le combat. Ce silence des chroniqueurs ne peut être que favorable à la charité du saint; il montre, ou bien que saint Dominique n'a pas suivi Simon dans ses courses militaires, ou bien qu'il n'a pas partagé le sentiment de ces chroniqueurs, qui, surtout Pierre de Vaux-Cernay, ne demandèrent contre les hérétiques que les rigueurs d'une justice toute militaire , et qui peut-être eurent dans saint Dominique un contradicteur dont ils ont tu les pensées.

Les hérétiques , du moins quelques-uns , cédèrent donc à la vertu qui éclatait en lui et à la lumière qui jaillissait de ses paroles (1). 11 saisissait toutes les circonstances pour parler aux âmes. Pierre de

(1) Sponde, An. Eccl. ad an. 1206.

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