DEUXIÈME PAUTIE. — CHAPITRE XIV
Vaux-Cernay signale une conférence qui eut lieu entre les prédicateurs et les hérétiques à Carmain, bourgqu'il place dans la proximité de Montpellier, mais que nous ne saurions désigner autrement. 11 y avait là deux hérétiques, Thierry et Baudouin. Dans la conférence ils furent confondus. Loin de s'enorgueillir de ce triomphe . le saint aussitôt exhorta les assistants avec une onction , une charité et une éloquence toute apostolique qui toucha les plus obstinés (1).
Malheureusement les contemporains ne nous ont pas conservé le souvenir des prédications de saint Dominique dans le Languedoc avec ce détail, cette précision et cette suite, que l'esprit plus méthodique de notre siècle désirerait. Ils se sont bornés à le montrer parcourant les diocèses de Narbonne, de Carcassonne, d'Albi, de Toulouse et d'Agen. Ils n'ont voulu faire connaître que ses vertus et l'esprit qui l'animait; il est certain, en effet, que saint Dominique fut d'un désintéressement admirable , rare même dans la vie des saints. 11 déclina pendant trois fois l'offre de lepiscopat pour les sièges de Béziers, de Comminges et de Conserans (2).
D'autre part, il tressaillait d'une douce joie quand il réconciliait à l'Église un de ces égarés
(1) Pierre de Vaux-Cernay, Hist., cap. v.
(2) Quétif et Echard, t. i, p. 8, col. 2, note.
de l'hérésie. 11 est beau de voir combien cette joie déborde dans les lettres de réconciliation qu'il donna à Pons-Roger, habitant du village de Trèville en Lauraguais (1). Elle est exubérante dans cette autre lettre, par laquelle il permet à Raymond-Guillaume de Hauterive de recevoir dans sa maison de Toulouse l'hérétique Guillaume Ugution, dans l'espoir d'une conversionprochaine. Et en cela, saint Dominique se conformait aux désirs d'Innocent III, qui écrivait à l'archevêque de Tarragone et à ses suffragants : « A l'exemple de celui qui nest pas un Dieu de dissension mais un Dieu de paix, voulant que tous soient sauvés et que chacun arrive à la vérité , nous avons reçu Durand de Osca» (2); et qui répondait aux évêques qui accusaient les disciples de cet hérétique converti de favoriser les Vaudois dans les diocèses de Narbonne, de Béziers, d'Uzès, de Nimes et de Carcassonne (3) et qui soupçonnaient la sincérité de sa conversion, que son retour à Dieu avait été véritable et qu'ils devaient l'annoncer à tous leurs fidèles, afin de lever tout scandale (4).
Malgré cet esprit de conciliation , de paix et de douceur, saint Dominique ne fut pas reçu
(1) Quétif etEchard, t. i. p. 9, col. 1, note.
(2) Reg. Innoc, lib. xi, ep. cxcvi.
(3) P. Touron, Vie de saint Dom., lib. i, ch. x.
(4) Reg. Innoc, lib. XI, ep. cxcvi et cxcvn.