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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIV

partout avec les égards dus, non-seulement à son caractère de missionnaire, mais à sa personne vénérable. Avant la prise de Carcassonne par les croisés (août 1208), il était venu dans cette ville, où les hérétiques s'étaient réunis après en avoir chassé l'évêque et le clergé. 11 n'ignorait pas le danger qu'il courait. Mais il semblait que le danger me me était un attrak de plus qui l'amenait dans la cité où commandait Raymond-Roger; car, à l'exemple de Pierre de Castelnau, dont le Languedoc venait d'apprendre la mort tragique, il demandait souvent à Dieu de donner sa vie pour la cause sainte. A Carcassonne, il fut effectivement fort mal reçu; on le chargea d'inj ures ; les enfants , qu'on avait excités contre lui, le poursuivirent dans les rues, lui jetant les uns de la boue, les autres des pierres (1). Mais sa patience et sa douceur furent invincibles (2). 11 n'en prêcha qu'avec plus de force et plus de fruit. Ce qui distingue saint Dominique pendant ces premières années de son apostolat, c'est son courage et sa confiance en Dieu.

En quittant Carcassonne, il visita Montréal et Fanjaux, où il avait déjà prêché et où il avait laissé des chrétiens fervents. Il visita ensuite Prouille, car il pensait entretenir dans cette maison

(1) P. Jordanus. Cf. Theodoricus.

(2) Bern. Guido, ap. Mart , t. vi, col. 399.

bénie la foi de Jésus-Christ. Il parcourut donc souvent le chemin qui conduit de Montréal à Fanjaux et à Prouille. 11 alla de même voir souvent les missionnaires, ses compagnons, qu'il avait répandus en divers endroits et dont il avait pourvu les populations qui n'avaient point de prêtre (1). Ces courses apostoliques, répétées et jamais ralenties, dans lesquelles il multipliait les bénédictions et les encouragements, contrarièrent si fort les hérétiques, que ceux ci résolurent de se débarrasser de ses prédications importunes. Ils postèrent donc deux routiers entre Prouille et Fanjaux, à un endroit où le saint passait souvent, et qui a depuis conservé le nom qui flétrit leur infâme conduite, al sicarri{ lieu de l'assassin). Mais Dieu permit que ce jour- là le saint passât par un autre chemin, et ainsi les projets de l'enfer furent déjoués (2). Quelques jours après, Dominique les connut et il s'écria simplement : « J'aurais remercié le Seigneur, s'il m'avait jugé digne de répandre mon sang pour les intérêts de sa gloire. »

Jamais nous ne saurons tout ce que Dominique dut déployer de courage et de confiance pendant ces cinq premières années de sa mission (1208-1213). Trois fois le pays s'était révolté contre les armes successivement victorieuses et vaincues de Simon

(1) P. Touron, Vie de saint Dominique, liv. i, ch. xn.

(2) P. Jordanus, Vit. Dom. Cf. F. Theodoricus.

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