‹ Les AlbigeoisChapitre 32 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II

fait connaître à tous ; elle remplit tous les lieux, la terre, la mer, l'air, le ciel. Elle habite surtout l'âme des justes: pourquoi la chercher plus loin?»

Les Manichéens concluaient de ce principe, vrai dans sa généralité , mais faux si on l'applique à toute parole ou à tout écrit, car, si le Verbe éclaire tout homme venant en ce monde, tout humme n'écoute pas la parole du Verbe, c'est en s'appuyant, dis-je, sur ce principe, qails reconnaissaient à toutes les nations des Sages et des Prophètes , et quils affirmaient l'obligation d'admettre leurs livres. Mais Manès, pour une raison que l'on comprendra facilement , manifesta une sorte de prédilection pour la philosophie et la théologie, qui étaient nées et avaient grandi sur les rives du Tigre et de l'Euphrate ; car, disait-il, c'est un sentiment général que la sagesse a eu la même origine que le genre humain, qu'elle est née en Orient , où les premiers patriarches l'enseignèrent à leurs descendants , et que de ce pays , heureux entre tous, elle passa chez les Egyptiens, qui, à leur tour, la communiquèrent aux Grecs (1).

De ce que toutes les nations avaient eu leurs prophètes, les Manichéens concluaient qu'il n'y a pas de raison pour préférer les prophètes hébreux

(1) Voir la Dissertation de Brucker : Convenientiœ numerorum Pythagorœ cum ideis Platonis, dans le vu* vol. de la eollect. de Schelhorn : Amœnitates litterariœ.

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aux prophètes des nations. Ces derniers , à la vérité , pouvaient être accusés d'erreur ; mais les prophètes hébreux n'en avaient pas été exempts. Ils ajoutaient que si Jésus-Christ avait réformé la loi, Manès avait réformé la doctrine et le culte des Gentils.

Os recevaient donc les livres attribués à Zoroastre, ceux d'Hermès Trismégiste, un livre intitulé : la Prophétie de Cham, dont le fils de Basilide avait parlé dans un fragment conservé par Clément d'Alexandrie (1). Ils recevaient encore des prophéties, appelées Prophéties de Barcabbas et de Parchor, dans lesquelles Basilide avait en partie pris ses erreurs (2). Probablement, ils joignaient à ces livres ceux qui ont servi à certaines communions orientales, comme par exemple les Instructions d'Adam, le Testament d 'Adam, sa Prédication touchant le Messie, et le Testament de Seth, qui renfermait le précepte de la continence absolue.

Le principe émis et pratiqué par les Manichéens dans le choix des livres de leur canon, devait les conduire à cette conséquence : recevoir même les écrits d'un imposteur quelconque. C'est ce qui se produisit. On sait que, dès les premières années qui

(1) Strom., lib. vi.

(2) Isidore, fils de Basilide, en avait fait un commentaire (Clem. Alexand., Strom., Hb. vi ).

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