PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE II
suivirent la mort de Jésus-Christ, il se leva un grand nombre d'écrivains qui prétendirent à l'honneur de raconter sa vie. 11 était vraiment difficile qu'il n'en fût pas ainsi. Pouvons-nous aujourd'hui, à dix-huit siècles de distance, nous faire une idée vraie de l'impression suave et forte, douce et profonde , laissée par Jésus-Christ dans les âmes ? Après son Ascension au ciel , les Apôtres et les Disciples n'ont, pour consoler les fidèles, que ce cri d'enthousiasme, d'amour et d'espérance : Soyez prêts à partir, car le Sauveur approche ; "veillez toujours, soyez toujours prêts ; relevez sous votre ceinture les longs plis de votre robe traînante, le Sauveur approche, il vient. Chacun donc ambitionnera de bonne heure l'honneur de l'avoir vu, de l'avoir entendu, d'avoir été admis à son intimité, et de reproduire, avec son enseignement, les admirables traits de sa suave physionomie . Les récits donnés par saint Matthieu , saint Marc , saint Luc ^durent paraître trop courts à ceux qui avaient été les témoins des merveilles opérées par le Sauveur; c'est un sentiment que nous éprouvons encore même aujourd'hui. D'abord, ce furent des chrétiens pieux qui se permirent de faire quelques additions aux récits inspirés ; mais' on sait que l'audace finit toujours par être le propre de l'imposture et non de la vertu. Bientôt, en effet, ce ne furent plus des chrétiens pieux et ignorants, mais
des factieux qui ajoutèrent au texte évangélique. Le bon grain resta cependant, même dès le commencement de ces entréprises coupables, bien séparé de Ti vraie. L'Eglise le discerna quand elle fixa le canon des Ecritures , soit par les Conciles d'Hippone (393), de Carthage (397 et 419), de Tolède (400) , soit par la voix de ses pontifes : Innocent 1er (405), Gélase (494), Eugène IV (1441); soit enfin par le célèbre Concile de Trente. S'il n'a jamais été en son pouvoir d'arrêter l'imposture , du moins elle la toujours condamnée et flétrie. Le pape saint Léon reprocha, en effet, aux Manichéens d'avoir violé la sainteté des Ecritures par des retranchements et des additions sacrilèges, et d'avoir composé , sous le nom des Apôtres, quantité de faux livres, dans lesquels ils faisaient parler Jésus-Christ (1).
On a attribué aux Manichéens une addition au chapitre vi, y . 5 de l'Evangile selon saint Luc , une autre addition au chapitre xvi, f. 24 de l'Évangile selon saint Marc, et un Evangile écrit sous le nom
(1) Sermo IV, iuEpiph. « Isti, adversarii veritatis, legem per Mosen datam , et in s pirata divinitus Prophetarum oracula respuerunt , ipsas que Evangelicas et Apostolicas paginas, quœdam auferendo, et quœdam inserendo violaver uni : conflgentes sibi sub Apostolorum no-minibus, et sub verbis ipsius Salvatoris , multa volumina falsitatis quibus erroris sui commenta munirent , et decipiendorum mentibus mortiferum virus infunderent. »