PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II
Les Manichéens appelaient les Apocryphes Livres apostoliques: c'est ainsi que plus tard les Albigeois, leurs descendants, prétendront venir des Apôtres ; fait que les historiens des Albigeois semblent ne pas avoir remarqué , et qui montre que la secte qui ravagea le Languedoc, au xne siècle, était non-seulement opposée à l'Église, mais encore une secte dont les doctrines étaient la négation de l'Évangile lui-même.
Outre ces livres, provenant d'une source étrangère, le canon des Manichéens comprenait encore ceux qu'ils avaient eux-mêmes composés. Écrits d'abord en langue persane (1), ces livres furent, dans la suite , traduits en syriaque, en grec et en latin pour l'usage des fidèles dispersés dans .toutes les provinces romaines.
Ces livres, de pure provenance manichéenne, furent YEvangile de Vie, que Manès composa pendant son exil dans le Turquestan, et qu'il embellit de figures, destinées à faire davantage goûter son système : le Grand et le Petit Trésor de Vie (2), le Livre des Chapitres, le Livre de la Foi, le Traité de l'entreprise des Géants, et enfin le Livre des Mystères, qui expliquait la création du monde, la formation de l'homme, comment les âmes étaient unies à la matière, et par
(1) August, cont. Faust., lib. xm , 17.
(2) August., De natiira boni, cap. xliv.
quel moyen elles pouvaient être délivrées de cette fatale union (1).
Manès avait écrit un traité d'astronomie et un traité d'astrologie ; mais il paraît que ces traités
(1) Héraclien , évêque de Ghalcédoine , donna un écrit en xx livres contre ces derniers ouvrages des Manichéens. ( Photii biblioth., cap. ccxxxi.)
Voici ce qu'en dit Photius ( Biblioth., cap. lxxxv ) : « Oratio illi concisa , minime redundans , atque sublimis , non absque perspicuitate , quam grandi tas tempérât. Atticismum enim cum familiari sermone admiscet , ac veluti puerorum prseceptor, in certamine, plus quam atticismo , ut sic loquar, contendit.
» Evertit vero id , quod (Cyril. Hieros., Catech*, vi). Manichœi appellant Ecangelium et Giganteum librum , atque Thesaaros. Recenset item eos qui ante se in Manichaeorum impietatem calamum strinxerunt. Hegemonium nimirum . qui (Hieron., cap. 72 Catal.) disputationem Archelaï adversus ipsum (Manetem) perscripsit : et Titum (Hieron., in Cotai., cap. 102) qui cum se putavit contra Manichaeos scribere, in Adae magis libros scripsit (Niceph., lib. vi , cap. 22). Ad hrec et Georgium Laodicensem, qui eadem fere, quibus usus est Titus, argumenta pro veritate adhibet. Praeterea Serapionem episcopum Thmueos (Hiero. Catal.. cap. 99). Denique et Diodorum illum (Niceph., lib. vj, cap. 32), qui libris quinque et viginti cum Manichœis certavit , quorum septem prioribus putat quidem Vividxm se Manichseorum Evangelium refellere ; at non assequitur, dum non illud , sed quod ab Ada scriptum erat , et Modium appellatur, evertit : reliquis deinde libris ea Sacrœ Scriptural loca pure explanans atque declarans , quœ Manichaei ad ea quae animo conrepissent accommodare solerent. »