PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III
en Thébaïde (1), nous en instruiraient abondamment.
Déterminons donc, en peu de mots, les points fondamentaux de la doctrine manichéenne, en nous attachant principalement à faire ressortir ceux qui établiront plus tard Tidentité des doctrines albigeoises et des doctrines manichéennes.
Dieu. — Demandons-nous d'abord quel était renseignement de Manès sur Dieu, son essence, ses attributs.
Manès et ses disciples, à l'exemple des Mages de l'Orient et des Valentiniens qui formèrent un des groupes principaux des sectes gnostiques , concevaient Dieu comme une lumière très-pure (2). Cette expression : Lumière très-pure, désignant Têtre même de Dieu, était depuis longtemps mise en usage par les hérétiques. Mais quelle était, pour les Manichéens, la nature de cette Lumière? Ils l'appelaient tantôt corporelle, tantôt incorporelle. Cependant il paraît plus probable qu'ils la regardaient comme corporelle , car ils pensaient que l'homme ne peut voir Dieu que sous la forme étendue. Ainsi, pour Manès, Dieu était corporel. C'est même la difficulté que saint Augustin éprou-
(1) Son ouvrage a pour titre : Contre les opinions des Manichéens. Le P. Combefis l'a publié en grec.
(2) Frag. Epist. Manet. ap. Fabric. — Ptolom., Epist. ad Floram. — Epiph., Hderes., xxxm.
vait d'abord à concevoir Dieu autrement qu'étendu, qui le retint dans le Manichéisme (1).
Mais Dieu, quoique Lumière étendue , formait une Unité; car Dieu c'était Y Unité, et la matière ou principe opposé, la Dualité. Saint Augustin, parlant de ses erreurs premières, s'écriait : « Je concevais dans cette unité un esprit raisonnable, et la nature de la vérité et du souverain bien. Je concevais même dans cette division (la matière) je ne sais quelle substance, je ne sais quelle nature de souverain mal, qui avait la vie par elle-même, mais la vie déraisonnable. J'appelai la première Monade, et la seconde Dyade » '2).
On a accusé les Manichéens d'admettre deux dieux. Cette accusation ne paraît pas avoir été toujours fondée. « Croyez-vous quïl y ait deux dieux ou qu'il n'y en ait qu'un? » demandait saint Augustin à Fauste ; et Fauste répondait : « Un seul » [3). Parfois, Manès , tout en opposant la Matière au Dieu bon, ne semblait pas la regarder comme Dieu, puisque alors il ne reconnaissait pas en elle les perfections morales. Cependant les Manichéens parlaient souvent de deux dieux. Us ont, en effet, entretenu un langage équivoque, que nous verrons se reproduire au temps des Albigeois.
(1) Confes., lib. v. 20.
(2) Confes., lib. iv, 15.
(3) Cont. Faust., lib. xxi.