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PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III

Cette hésitation, ou plutôt cette confusion, apparut souvent dans leur langage. Pourquoi nous en étonner? Car nest-ce pas un hommage rendu à la vérité, qu'en même temps qu'ils regardaient la matière comme existant par elle-même, ils ne voulussent pas la reconnaître comme Dieu. On connaît l'argument célèbre de saint Anselme : « Je conçois Dieu comme l'Etre nécessaire ; donc il existe , sinon il ne serait pas l'Etre parfait.» Les Manichéens croyaient que l'existence par soi-même de l'Être nécessaire était séparable des perfections morales, non-seulement comme conception de l'esprit, mais encore comme réalité. Ils ne pensaient donc pas commettre une illogicité flagrante en reconnaissant une seule divinité, d'autant plus qu'indépendamment de Dieu et au-dessus de la matière éternelle , ils imaginaient un dieu ou démon qui avait donné à la matière sa forme.

Manès suivait ainsi les principes de quelques philosophes anciens, d'après lesquels la formation de la matière était indigne de Dieu (1), et la formation du corps de l'homme, siège des passions, par Dieu, absolument impossible (2). Il disait donc que la matière existant de toute éternité, douée de mouvement, de vie et de sentiment, avait reçu son organisation d'un être inférieur à Dieu.

(1) Platon, Timée.

(2) Philon, De opif. mvndi.

La Trinité. — Les Manichéens admirent le Père , le Fils et le Saint-Esprit , mais non pas la consubstantialité des personnes (1). C'était la con séquence de leurs principes.

Pour eux, le Verbe n'avait existé que depuis la création du monde. Cependant ils reconnaissaient qu'il venait du Père, car, disaient-ils, de nihilo nihil ; et comme le Fils est la sainteté et la perfection, il ne pouvait pas venir de la Matière.

Mais comment, d'après les Manichéens, le Fils était-il venu du Père"? Avec les Gnostiques, ils admirent les Emanations.

On sait combien, jusqu'au concile de Nicée , s'élevèrent de controverses sur le sens de cette proposition . « Jésus-Christ est Fils de Dieu . » Le Concile mit fin à la discussion : il définit la gêné ration et la consubstantialité du Verbe. Ainsi, il forma la foi des fidèles en 1 éclairant, il exclut l'erreur et écarta pour toujours l'accusation de paganisme, que certains esprits trop timides craignaient d'entendre porter contre l'Eglise.

Mais quel est le mode de génération du Fils *? Cette question, les esprits se l'étaient posée avant la réunion conciliaire. Elle était si bien partout, que les Manichéens eux-mêmes donnèrent leur solution. Appliquant leur système d'éclectisme

(1) Aug., cont. Faust., cap. xm. —

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