PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III
conciliant, qui consistait à mêler et à fondre la Philosophie et l'Ecriture, comme nous l'avons déjà remarqué, ils admirent, avec Platon l'idée des Émanations. Mais ces Emanations, ils ne les mettaient pas sur un même rang d'égalité. D'une manière générale, ils disaient que le Père ne leur avait communiqué de ses perfections qu'autant qu'il lui avait plu. Cependant il avait fait une exception pour deux d'entre elles, qu'il avait rendues participantes de sa divinité, qui, par leur excellence, étaient, infiniment supérieures à toutes les autres, et qu'il fallait regarder comme les deux premiers ministres du Dieu suprême.
D'après Manès donc, le premier des Èons, tout en étant consubstantiel au Père, ne lui était pas égal. De même pour le Saint-Esprit. Chacun, pensait-il, avait sa demeure : le Père habitait le ciel suprême ; le Fils, le soleil et la lune ; le Saint- Esprit, l'air.
Principes étranges; car si nous ne comprenons pas le mystère de la Sainte-Trinité , notre raison conçoit du moins l égalité des personnes, dèslors que la Foi leur attribue la même substance.
Le Mal. — Pour ne pas faire de Dieu la cause directe du mal, Manès supposa un second principe. Ce second principe, qu'il appelait la matière, aurait produit le mal. Manès ne croyait pas, avec Valentin,
8*2 Lié ALBIGEOIS.
que la matière éternelle n'eût point de qualités. Car, comment aurait-elle produit le mal? Avec Pythagore et Platon, il admit donc que la matière et les qualités de la matière sont éternelles.
1° Rien ne se fait de rien, disait-il ; il ne peut y avoir de nouvelles substances sans une cause : donc il a existé une substance dont les corps ont été formés.
2° Alors même que ce principe : Rien ne se fait de rien, ne serait pas vrai, les qualités qui apparaissent dans le monde, inséparables delà matière, montrent, que Dieu ne les a pas créées. « Si le monde avait été fait de rien, les créatures visibles seraient meilleures quelles ne sont; elles seraient pleines de toutes les vertus. S'il n'y avait qu'un seul principe, d'où viendrait le désordre qui règne dans le monde? » (1).
3° Rien n'existe sans cause : la diversité des effets indique la diversité des causes, ainsi que leur opposition respective l'opposition des causes. Le bien et le mal, qui sont contraires, ne peuvent donc pas émaner d'une même cause, car ces causes, comme leurs effets, doivent être opposées.
Manès appliquait à ces principes le passage de saint Matthieu (2) : L'arbre bon ne peut produire
(1) Act. Disp — Tit. Bost., Bibl. PP., t. rv, p. 11 , col. 882.
(c2) Malt., vu, 18.