‹ Les AlbigeoisChapitre 45 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III

sionna. La lumière et les ténèbres avaient leur empire particulier. La lumière occupait les parties orientales, occidentales et septentrionales ; les ténèbres habitaient le midi (1). Dieu connaissait les ténèbres avant qu'il les eût abandonnées à leur propre sort ; mais les ténèbres ne connaissaient point la lumière. Un événement inopiné fournit aux ténèbres l'occasion de voir la lumière : elles conçurent aussitôt le projet de l'envahir. Mais la lumière, pour prévenir cet envahissement des ténèbres dans son propre royaume, les enferma dans la création, où elles étaient éternellement captives.

Telle avait été l'occasion de la création du monde.

Quant à la doctrine même de Manès sur la création , on peut la réduire aux propositions suivantes :

1° La matière est remplie de démons et d'animaux farouches, fruit de ses mouvements déréglés ;

2° Les démons n'ont en partage que l'âme déraisonnable, qui anime et pénètre toute la substance ;

3° Lespace occupé par la matière, devenant trop étroit à cause de l'infinie reproduction des

(1) TH. Bost. — Simplicius, in Epict , cap. xxxiv. — Theodor., Hœres. Fabul., lib. i, 26.

démons, il survint une guerre intestine entre eux ; ils sortirent de leurs limites, aperçurent la lumière et voulurent s'en emparer.

4° Dieu, connaissant le dessein de la matière, saisit cette occasion pour établir l'ordre dans une substance qui n'en avait pas.

Le but de Manès était donc de ne pas attribuer le mal à Dieu. Mais c'est avec raison que Simplicius lui répondait par le proverbe grec : Il se jette dans un feu pour éviter la fumée.

Après avoir établi de semblables principes, les Manichéens, chose étrange ! imaginèrent une Mère de la Vie. Cette mère de la vie, c'était un Éon, cest-à-dire une intelligence pure et incorruptible, qui émanait du Père, et dans laquelle avait été placé le trésor de la vie immortelle. L'esprit pur ( Mens ) était la première émanation du Père ; la Mère delà vie, la seconde. De l'Esprit pur était sortie la partie supérieure de l'âme, qui eut pour perfection la sagesse,' c'est-à-dire la connaissance des substances spirituelles et immortelles. De la Mère de la vie était sortie l'âme raisonnable, dont la perfection était la prudence, ou connaissance des choses sensibles.

On reconnaît là les principes des Archontiques (1) et des Gnostiques, qui plaçaient, dans le

(4 ) Les Archontiques croyaient que le monde corporel

Page 1