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PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE III

hommes par les aliments ; puis elles sont liées aux corps animés par la génération.

Mais ce n'était pas assez de faire aller les âmes des aliments dans le corps de l'homme : Manès les faisait encore aller d'un corps dans un autre. Avec les Mages, il admettait la transmigration (1). Les âmes des méchants , disait-il , passent dans des corps vils; celles qui, dans une seconde épreuve, ne se convertissent pas, sont livrées au démon, puis renvoyées dans le monde pour y passer une nouvelle vie. Quant aux âmes des Auditeurs, qui se marient et qui, du reste, sont honnêtes, elles passent dans les melons et les courges (2). Ces fruits sont mangés par les Elus qui ne se marient pas ; les Elus reçoivent donc ces âmes égarées, qui en eux achèvent leur purification. Quand leur purification est finie, les âmes rentrent dans leur monde: mais d'abord elles passent dans la lune, parce que la lune est aux limites de l'empire de la matière. La lune croît quand les âmes sont en plus grand nombre; à leur départ, elle décroît; elles entrent alors dans le soleil, qui, à son tour, les remet à l'Éon des bienheureux.

Telle fut , dans son ensemble , la doctrine de Manès sur l'homme , doctrine qu'on aurait de la

(1) Acl. disp. Areh. — Aug., cont. Faust., lib. v, 10.

(2) Aug., cont. Faust., lib. vi, 4.

peine à concevoir, si elle n'était attestée par les auteurs les plus graves.

Jèsus-Christ. — Manès commença par nier la naissance même de Jésus-Christ. « Le Fils étant venu, prit la figure d'un homme et parut comme un homme véritable, quoiqu'il ne le fût point en réalité, ce qui fit croire qu'il était né » (1).

Pour nier la naissance de Jésus-Christ, il s'appuya sur de prétendues difficultés qu'il trouva dans les Evangiles, et d'abord la contradiction apparente des généalogies du Sauveur (2) ; mais, finalement, il trouva plus simple encore de dire que le récit de la naissance était supposé.

11 nia aussi l'Incarnation , comme impossible ; car quel rapport pouvait -il y avoir entre la Lumière et les Ténèbres? et comme injurieuse pour Dieu, car Dieu aurait reçu une souillure par son union avec la chair. Il croyait, en effet, que la matière était en elle-même mauvaise ; que le corps ayant, par l'Incarnation, une action sur le Fils, aurait rendu la divinité passible, sujette à la douleur. 11 alléguait à l'appui quelques passages du Nouveau Testament (3); il citait de même certains faits,

(1) Epipli.

('2) Matth., i, 2 et suiv. — Le, m, 23 et suiv. (3) Philip., h , 7, 8. - Rom., viii, 3. — Le , m, 22. — Joan., t, 5.

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