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PREMIÈRE PARTIR. — CHAPITRE IV

où ils prenaient toujours « parti pour les farceurs et les cochers » (1). Leur conduite dissolue ouvrit enfin les yeux à plusieurs de leurs disciples. Constance, homme riche et puissant, se sépara d'eux ; Augustin , à son tour, après neuf ans de profession manichéenne, renonça à la secte infâme.

Depuis quelque temps déjà cette révolution se préparait dans son esprit. N'avait-il pas entendu, à Carthage, les discussions précises et savantes du catholique Elpide (2)? Celui-ci avait cité contre les Manichéens plusieurs des passages du Nouveau- Testament qu'ils admettaient , sans qu'ils pussent répondre, se contentant de dire , après la discussion, que les passages cités étaient apocryphes. Cette conduite avait paru plus qu'étrange au loyal Augustin.

Il avait été impressionné de même par l'argument de Nébride (3), qui demandait, avec infiniment de raison, comment la nation des Ténèbres, dont les Manichéens faisaient le principe du mal, avait pu causer quelque mal à Dieu, inviolable et incorruptible? Cet autre argument, qu'une substance absolument mauvaise ne saurait exister (4), l'éclaira de même sur les erreurs dualistes.

(4) Demorib. Man., cap. 49.

(2) Conf., lib. v, c. 41.

(3) Conf., lib. vu, c. 2. (i) De morib. Man. c. 8.

Au reste, saint Augustin crut avec raison que la vraie religion, si elle ne fournit pas l'explication scientifique des faits de Tordre naturel, ne doit rien enseigner quileur soit manifestement contraire. Ainsi, dans son esprit, se posa de bonne heure la question des rapports des sciences et de la foi. Il demanda donc aux Manichéens de lui donner la raison des quelques phénomènes naturels que la philosophie essayait alors de comprendre : les solstices, les équinoxes, les éclipses. En vain en appelèrent-ils aux études de Fauste, un de leurs savants les plus éclairés (1); Fauste ne leva aucune des erreurs de Manès. Aussi saint Ambroise, pour être compris d'Augustin, n'eut qu'à énoncer le principe du procédé catholique, à savoir que la raison doit croire avec soumission ce qu'elle ne peut démontrer avec évidence (2).

Après sa conversion, saint Augustin travailla à éclairer ses anciens coreligionnairss. Il écrivit d abord le livre De l'utilité de la foi, qu'il adressa au manichéen Honorât, autrefois son ami, pour lequel « il ressentait une extrême crainte qu'il ne restât dans l'erreur. » 11 composa le traité Desdeux âmes, pour démontrer que dans l'homme il n'y a qu'une seule âme. Son traité contre Adimante

(1) Conf., lib. v, c. 3.

(2) Conf.y lib. vi, c. 5.

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