PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE IV
nous permet de constater la diffusien, en Afrique, des livres manichéens. Nous avons dit qu'Addas ou Adimante, le célèbre disciple de Manès, avait réuni un ensemble d'extraits de l'Ancien et du Nouveau Testament , pour les mettre en opposition. C'est ce livre que les Manichéens s'efforçaient de mettre entre les mains de leurs amis. Saint Augustin en fît une réfutation éloquente, en montrant le parfait accord des passages cités.
Letrahè De la nature du bien, dumêmedocteur. nous permet aussi de constater la diffusion de la secte dualiste, non-seulement en Afrique, mais en Asie-Mineure, dans la Paphlagonie et dans les Gaules (l). C'est peut -être la publication de cet ouvrage, dans lequel il mettait à découvert les abominations de la secte, qui lui valut une lettre indigne du manichéen Secondinus. Celui-ci l'accusa d'avoir quitté la secte par crainte des malheurs auxquels ses membres étaient exposés, et de rester dans l'Église par amour des honneurs de l'épiscopat. Le saint se contenta de répondre avec cette modestie, cette élévation de pensées, ce calme et cette dignité qui ont fait de lui le plus noble caractère.
11 ne cessa cependant de poursuivre les Manichéens dans une multitude d'autres écrits, trop connus pour qu'il soit besoin de les nommer. Il
(1 De nat. Bon., cap. 47.
les combattit encore dans ses prédications et dans plusieurs conférences publiques. Une des plus célèbres fut celle qu'il eut avec Fortunat.
Fortunat était un prêtre manichéen, astucieux et instruit, qui, dans la ville même d'Hippone , avait séduit plusieurs chrétiens, et qui acquérait de jour en jour une telle influence, que non-seulement les Catholiques, mais encore les Donatistes, prièrent le saint d engager avec lui une discussion publique, à la suite de laquelle ils pensaient bien que son crédit serait ruiné.
Le 28 août de l'année 392, la conférence s'ouvrit dans une des immenses salles des bains de Sosie. La foule des Manichéens et des Catholiques était considérable (1). La conférence dura deux jours. L'évêque s attacha à développer l'argument qui avait autrefois dessillé ses yeux. Il prouva que la nation des Ténèbres, imaginée par les Manichéens, ne pouvait avoir fait aucun mal ni à Dieu ni aux âmes ; qu'elle ne pouvait même pas exister ; car le mal a son explication et sa cause dans la volonté seule. Fortunat, confondu, quitta de dépit la ville d'Hippone, mais il y fut remplacé par un autre prêtre de la secte, Félix probablement.
Pendant six ans, celui-ci resta caché et instruisit en secret les sectaires opiniâtres ; mais au bout de
(1) Possid. Vit. Aug.