PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV. H
de l'autre côté des Pyrénées. Encore jeune, il vint en Espagne, et bientôt il y eut pour disciple « une femme de quelque considération » (1), nommée Agape, et un rhéteur, du nom d'Helpidius. 11 dut même exercer bientôt une influence considérable, puisque saint Jérôme, pour consoler la veuve Théodora, exalte la foi de son mari Lucinius, qui n'avait point prêté Toreille à ses erreurs (2). Agape,
(1) Sulp. Sev., Hist. sac, lib. n.
(2) Voici la partie de la lettre de saint Jérôme à Théodora qui regarde l'établissement du Manichéisme en Espagne : « Et quia hsereseos semel fecimus mentionem , quâ Lucinius noster dignae éloquente tuba preedicari potest , qui spurcissima per Hispanias Basilidis hœresi sœviente , et instar pestis et morbi , totas intra Pyrenseum et Oceanum vastante provincias , fidei ecclesiasticœ tenuit puri-
. tatem, nequaquam suscipiens Armagil, Barbelon, Abraxas, Balsamum , et ridiculum Leusiboram , cœteraque magis portenta quam nomina : quse ad imperitorum et muliercularum animos concitandos, et quasi de hebraicis fontibus hauriunt , barbaro simplices quosque terrentes sono : ut quod non intelligunt , plus mirentur. Refert Irenams , vir apostolicorum temporum , et Papise auditoris Evangelistœ Johannis discipulus, Episcopusque Ecclesise Lugdunensis, quod Marcus quidam de Basilidis gnostici stirpe descendens primum ad Gallias venerit : et eas partes per quas Rhodanus et Garumna fluunt, sua doctrina maculaverit : maxime que nobiles feminas, qugedam in occulto mysteria repromittens , hoc errore seduxerit : magicis artibus et sécréta corporum voluptate amorem sui concilians. Inde Pyrenseum transiens , Hispanias occupant , et hoc studio habuerit , ut divitum domus , et in ipsis feminas maxime appeterett quae ducuntur variis desideriis, semper discen-
avide de nouveauté, et Helpidius, dont la meilleure qualité était d'être beau parleur, non-seulement acceptèrent les principes de Marc , mais encore se firent maîtres à leur tour. Ils voyaient fréquemment un homme de noble naissance, riche, distingué dans son langage, instruit , de mœurs austères, mais d'ailleurs ardent, vain et enflé de ses connaissances (1). Ils l'initièrent aux enseignements que Marc avait portés de l'Orient, ce pays toujours enchanteur, regardé comme la terre classique de la sagesse.
Priscillien se laissa facilement entraîner et prendre aux perfides filets de l'habile Agape, qui ne manqua pas de faire valoir à ses propres yeux ses remarquables talents. Dès-lors le dualisme s'établit en Espagne ; il prit le nom de celui-là même qui , par ses tendances premières , faisait espérer qu'il en serait l'implacable ennemi.
Sous l'influence de Priscillien, et surtout de ses disciples, les doctrines enseignées par le manichéen
tes , et nunquam ad scientiam veritatis pervenientes. Hoc ille scripsit ante annos circiter trecentos. Et scripsit inhis libris, quos adversus omnes hœreses doctissimo et eloquentissimo sermone composuit (Irenseus). » (Epist. lui, ad Theodoram viduam. )
(1) « Familia nobilis , prcedives opibus , acer , inquies , facundus , multa lectione eruditus , felix profecto si non pravo studio corrupisset pravum ingenium. » (Sulp. Sev., Hist. sacr., lib. n ).