PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV
Marc ne gardèrent pas leur pureté primitive. C'est que, depuis Manès, de graves événements avaient agité TÉglise ; les discussions relatives à l'Arianisme avaient fait avec bruit le tour du monde. Aussi trouve-t-on dans le Priscillianisme des traces des enseignements d'Arius, accommodés à ceux de Manès , selon le principe du maître : Réunir sous un même drapeau toutes les opinions. Le Priscillianisme était, en effet, un composé de toutes les hérésies. Avec les Sabelliens, il disait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont que des dénominations différentes d'une même personne (1); avec Paul de Samosate et Photin, que Jésus- Christ n'avait pas été avant de naître de la Vierge , qu'il n'était venu au monde qu'en apparence (2) ; avec Marcion, qu'il n'avait pris qu'en apparence la nature humaine. Ils n'admettaient point la résurrection de la chair (3). Selon eux, le démon n'avait pas été créé de Dieu, il était sorti du chaos et des
(1) August., cont. Priscil.
(2) Léo, Epist. 15, ad Turribium.
(3) Léo, Epist. 15, ad Turribium. — Voir les canons du Concile de Braga , tenu en 563. Manès , Sabellius , Paul de Samosate , Photin y sont sans cesse placés à côté de Priscillien. Mais de tous Manès est celui dont le nom revient le plus souvent ; ce qui prouve que , dans la pensée du Concile , le Priscillianisme vient du Manichéisme. Cette expression : sicut Mânes et Priscilliamis dixerunt se trouve dans sept canons sur dix-sept. (Sïim* Concil. de Bail. )
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ténèbres éternelles (1). Ils lui attribuaient la formation des corps et la création du monde (2). Les âmes avaient d'abord péché dans le ciel ; ensuite elles étaient tombées au pouvoir des diverses puissances de l'air, qui les avaient enfermées dans des corps, et qui avaient réglé les conditions respectives de leur vie, selon la mesure des fautes de chacune d'elles.
Les Priscillianistes ne rejetaient pas ouvertement l'Ancien Testament, mais ils le corrompaient. Ils substituaient au Nouveau certains livres apocryphes, comme les Actes de saint Thomas , de saint André , de saint Jean , les Livres de l'ascension d'Isaïe, Y Apocalypse d'Elie (3).
Mais ils réglaient leur vie de manière à s'attirer de la vénération (4) ; ils professaient une sorte de haine pour le mariage ; ils faisaient pénétrer j usque dans l'intérieur des familles établies cette animadversion coupable , au point que souvent ils séparèrent les femmes de leurs maris, sauf à les prendre ensuite eux-mêmes à titre de sœur et â voyager avec elles.
Si nous en croyons Sulpice Sévère et saint Jérôme, leurs mystères étaient infâmes; ces auteurs
(1) Léo, Epist. 45, ad Turribium.
(2) Léo , ibid.
(3) Léo , ibid.
(4) Sulpic. Sev., op. cit., lib. n.