‹ Les AlbigeoisChapitre 60 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV. H · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IV. H

racontent des détails que la décence ne nous permet pas de reproduire (1). Cependant, en public, éclatait en eux une grande affectation des sentiments catholiques, qu'ils exprimaient avec parade et ostentation. Cette affectation émanait d'un sentiment peu avouable, une prudence hypocrite. On les voyait même souvent dans les assemblées chrétiennes. Ils y recevaient la sainte eucharistie, mais ils ne la consommaient pas (2) ; peut-être la profanaient-ils ensuite dans leurs assemblées.

Leur doctrine resta longtemps cachée. Cependant les soupçons de sacrilège se portèrent bientôt sur eux, et alors ils réglèrent leur conduite d'après ce précepte qu'ils enseignaient à leurs adeptes . Jura j perjura 7 secretum prodere noli.

« Dès que Priscillien eut commencé à prêcher sa pernicieuse doctrine, il gagna par ses flatteries adroites et par ses discours persuasifs beaucoup de personnes nobles et un plus grand nombre de

(1) Sulp. Sev., Hist. sacr., lib. n , in foie. — Hieron., Epist. xliii, ad Ctesipb. : « Priscillianistse in Hispania pars Manichsei verbum perfectionis et scientiae sibi temere vindicantes, soli cum solis clauduntur mulierculis, et illud eis inler coïtum amplexusque décantant :

Tum Pater Omnipotens fyecundis imbribus sether Conjugis in gremium lœtœ descendit; et omnes Magnus alit, magno commixtus corpore fœtus. »

(Georq.% )

(2) Léo. Serm.

gens du peuple » (1). Un extérieur simple et un visage composé lui attiraient le respect et la vénération de tous. L'hérésie s'étendit ainsi peu à peu en Espagne ; elle se glissa même dans le cœur de quelques évêques, parmi lesquels Instance et Salvien furent les plus célèbres.

L'année suivante (381), le mal était si grand, qu'un concile, composé des évêques d'Espngne et des évêques de l'Aquitaine, s'assembla à Saragosse pour le réprimer s'il était temps encore. Le premier jour de la réunion conciliaire, Instance, Salvien, Priscillien et Helpidius furent solennellement excommuniés; le dernier jour, le concile lança aussi l'anathème contre l'évêque Hygin, qui, après avoir attaqué l'hérésie , s'était rallié à elle ; l'influence des hérétiques était déjà si dangereuse que les Pères du concile se firent un devoir de communiquer leur décision à tous les évêques de l'Occident.

Les Priscillianistes cependant ne se découragèrent pas. Condamnés, ils prirent le chemin de Rome pour expliquer leur conduite au pape Damase. Ils passèrent par l'Aquitaine, « où ils furent magnifiquement reçus et où ils semèrent leur hérésie » (2). La route qu'ils suivirent fut, sans doute, celle qui reliait la Garonne au Rhône et qui

(4) Sulp. Sev., loc. cit.

(2) Sulp. Sev. , loc. cit.

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