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PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE V

armée. Safarik est donc dans l'erreur lorsqu'il croit que les Slaves n'avaient pas pénétré en niasse et par les armes dans la Mésie et les pays voisins, mais seulement par famille et sans faire une guerre qui les eût privés des fruits du paisible travail des champs. S'ils prirent les armes, ce ne fut pas seulement pour se défendre. Les Slaves, lorsqu'ils occupèrent les montagnes de la Thrace, delà Macédoine, de la Mésie et de l'illyrie, étaient le même peuple, toujours guerrier, que celui qui, durant tout le moyen- âge, combattit les Byzantins, et qui, de nos jours, a plus d'une fois montré son courage contre les Turcs (1).

Voilà ce qui se passait sur les bords du Danube pendant que le Manichéisme y cherchait un refuge et qu'il travaillait à s'y répandre. 11 est temps maintenant de revenir sur les premières années de sa propagation, pour montrer comment il s'établit au sein de la race slave ; il est temps de quitter le Danube et de nous rapprocher du Volga et de la mer Caspienne.

Le lecteur n'a pas oublié que Manès s'était fait de nombreux disciples dans les contrées situées à l'ouest de la mer Caspienne. De retour sur les bords de l'Euphrate, il avait eu garde d'abandonner le premier siège de son apostolat; il avait envoyé,

(1) M. Jirecek, op. cit., capit. m.

en effet, deux de ses principaux disciples dans ces mêmes contrées, pour y maintenir et y répandre même son enseignement. Et à la vérité, nous n'avons pas de peine à croire que sa secte fit de grands progrès dans la vallée du Volga, sur les bords de la mer Caspienne, où la présence des Slaves, au n* siècle, est constatée par les géographes Ptolémèe (1) et Denys (2). Le Slave, en effet, avait toujours admis et reconnu deux principes, qu'il appelait, l'un blanc, l'autre noir; le premier était le principe le second le principe mauvais (3). La prédication manichéenne ne l'étonna donc pas; au contraire, elle eut l'avantage de maintenir et d'accréditer ses préjugés religieux, en leur donnant une base nouvelle et une forme puissante. Quelquefois uni au Hun terrible, il avait fait avec lui des expéditions en Perse, où le dualisme était universellement enseigné. Mais il avait souvent été maltraité par ses alliés. Le Slave donc, sans lien national jusque-là, toujours courbé sous le joug de maîtres étrangers qui le méprisaient et se servaient de lui (4), accueillit avec

(3) Divinité noire et divinité blanche, « Malum Deum sua lingua Zeerneboch , id est nigrum, Deum appellant. x> (Hermold, Chron. i , 53). Cf. Gebhardi , Geschichte der Slaven, p. 21 et 24.

(4) Amédée Thierry , Attila.

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reconnaissance des hommes qui semblaient oublier ainqueur du Nord, le Hun du Dnieper, pour s'attacher à lui, par dévouement, à cause des qualités de son esprit, et par le lien le plus fort, le lien de la religion.

Aussi quand les Goths de la Scandinavie, descendant à travers les plaines des Slaves, arrivèrent et s établirent pour quelque temps à l'embouchure du Dnieper, ilsy trouvèrent les doctrines dualistes. Au milieu du ive siècle» en effet, si les peuples du Dnieper connaissaient le Christianisme par Ulfila, Romain de naissance, il s'était élevé aussi au milieu deux plusieurs hérésies qui avaient cours, parmi lesquelles nous devons signaler celle d'Audseus, Mêsopotamien de nation, qui enseignait, comme Manès, que Dieu avait un corps d'une substance matérielle, mais céleste (1).

Quand commença la colonisation des Slaves sur les bords du Danube, les Slaves de la mer Caspienne s'ébranlèrent à leur tour. Au reste, les relations entre la mer Caspienne, le Dnieper et le Danube étaient faciles et fréquentes Une route qui courait à une petite distance de la mer Noire reliait le Danube à la mer Caspienne. C'est cette route que suivaient les marchands romains, qui allaient jusqu'aux contrées de la mer Caspienne

(1) Théodoret, iv, 40. — Épiph., Ilœres. 70. — Hier., Chron. — Cf. Tillernont, Mém., tom. vi.

demander au Hun sauvage, qui chassait la martre, le renard et l'ours, ces fourrures tant recherchées des heureux de Constantinople et de Rome (1). Cest par cette même route que le Slave descendait des froides contrées de l'Est , pour venir faire sur le bord du Danube le commerce des pelleteries.

Ce commerce était très-étendu. Tacite parlait déjà de son temps des Finnois du Nord, qui « étaient vêtus de peaux (2). » De même les Slaves se revêtaient de peaux. Les pelleteries, le tapis à double frange étaient les objets de luxe du Groth (3). C'est un fait incontestable que la Perse et l'Empire, l'Orient et l'Occident recherchaient les chaudes fourrures avec une sorte de passion. Ce commerce établissait ainsi les relations les plus suivies entre les Perses dualistes, les Slaves dualistes aussi , et les Romains, parmi lesquels chaque édit de l'empereur amenait des réfugiés manichéens. Ces relations commerciales étaient tellement grandes, que les Francs eux-mêmes, passant le Rhin, venaient jusqu'à l'embouchure du Danube. Ainsi, en 630 , Dagobert fit la guerre aux Slaves, dont le roi s'appelait Sanno, parce qu'ils avaient donné la mort à des marchands gaulois. Le Slave, moins sauvage que le Hun,

(1) Jornandès, Reb. Get., 24.

(2) Germ., 46.

(3) Eunap., Hist. 6

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