PREMIÈRE PARTIE. — • CHAPITRE VI
destiné tout à la fois à protéger leur action et leur vie.
« Ainsi, les Albanais étaient une branche des Manichéens qui s'était renouvelée dans l'Albanie. Après leur destruction en Orient, ces sectaires se dispersèrent partout, et partout ils trouvèrent des disciples et formèrent des sectes. » (1)
Mais ne nous attardons pas, et parlons de suite dune autre forme du Manichéisme. Elle fut la quatrième ; elle donna naissance à une secte importante, qui se développa en Bulgarie, et qui est connue sous le nom de secte des Bogomiles.
(1) Dictionnaire des hérésies, Paris, 1764.
M. Dulaurier , membre de l'Institut , dans quatre remarquables articles sur les Albigeois publiés par le Journal de Toulouse (29, 30 , 31 oct. 4 nov. 1876 ) , admet comme nous , que toutes les sectes dont nous avons parlé n'étaient au fond que des sectes manichéennes. « On peut la suivre à travers les âges et dans les lieux où elle fit irruption , dit-il , cette hérésie manichéenne , toujours reconnaissante dans ses transformations et les appellations si variées qu'elle reçut , au caractère dualiste qui lui est propre et qui la distingue de toute autre doctrine. De la Perse où elle vit le jour , elle passa dans un pays voisin , l'Arménie , et par l'Arménie dans l'Asie-Mineure où ses adhérents , sous le nom de Pauliciens , retranchés dans la place forte de Téphrice, se rendirent redoutables aux monarques byzantins , qui durent les combattre et finirent par traiter avec eux. La capitale de FEmpire , Constantinople , ne tarda pas à en être infectée , et par suite la péninsule hellénique et principalement les villes de la Thrace et de la Macédoine. »
La Bulgarie avait déjà, à l'époque où nous sommes, été éclairée de la lumière de l'Evangile. 11 est certain qu'après la première prédication de la foi chrétienne, une ère de progrès se leva pour ce pays, qui jusque-là avait nourri un peuple dont le nom signifiait : maudit de Dieu. Sous Boris et Siméon, on vit fleurir des maîtres d'une science étendue, d'un esprit ardent et actif, qui, soit par leur enseignement, soit parleurs écrits, portèrent partout la vérité : c'étaient les Constantin, les Clément, les Jean l'Exarque. Sous Pierre (927- 968), quelques hommes, épris du désir de la vie parfaite, se retirèrent même à l'écart, pour vivre seuls dans la prière et dans la contemplation des œuvres de Dieu. Le plus célèbre de ces ascètes fut Jean de Ryl ( Joann Ry ls Kyj ) . 11 était né à Skrino, dans la province de Sophia ; appliqué, pendant son enfance, à garder les bestiaux, il avait, à la mort de ses parents, quitté le monde, auquel il préféra le séjour tranquille d'une grotte solitaire où il demeura vingt ans. Aujourd'hui, sur le Ryll-Planina, un magnifique couvent a remplacé la grotte sauvage qui abrita Jean; il porte son nom, c'est le couvent de Ryl. D'autres moines, tels que Prochor, Gavril, Joachim, se firent remarquer aussi par leur vertu ; on bâtît en leur honneur des couvents qui, selon la parole de M. Jirecek, furent, au temps de la liberté, des