‹ Les AlbigeoisChapitre 86 sur 313 · PREMIERE PARTIE. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. CHAPITRE VI

centres de lumière , et au temps de la domination turque, le refuge de la littérature et de l'esprit slaves.

Mais en même temps, le Manichéisme qui luttait partout contre le Christianisme envahissant, s'établissait avec un nouveau zèle dans le pays, sous le nom de Bogomilisme. « Cinq siècles de l'histoire des Slaves du sud, dit M. Jirecek (1), sont inséparablement liés à l'histoire des Bogomiles, qui, de la Bulgarie, s'étendirent sur toute la presqu'île du Balcan, dans la Slavie et la Grèce, et plus loin même , en Italie et en France . »

Il importe donc de nous en faire une juste idée.

Au témoignage du savant auteur que nous venons de citer, le Bogomilisme n'est sérieusement connu que depuis dix années, depuis l'étude consciencieuse qui en a été faite par les russes Osokin, Golubinski et Levicki, et par les slaves Petranovic et Racki (2).

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que la Bulgarie connaissait depuis longtemps la doctrine de Manès. Le lecteur n'a pas oublié que quand celle-ci prit le nom de Paulicianisme, elle tenta de nouveaux efforts pour s'établir plus profondément sur les bords du Danube. Ses efforts

(1) Geschicht. der Bulgaren, p. 174.

(2) Racki , Des Bogomiles et des Patarins , dissertations de V Académie slave, VII , vin , x.

portèrent des fruits abondants. Quand, en effet, au vme siècle, Constantin Copronyme y transporta plusieurs milliers de Pauliciens venus de la Syrie et de l'Arménie , la propagation du dualisme fut facile. Bientôt les Manichéens possédèrent de nombreux établissements : les plus considérables étaient dans la province de Philippopolis. Cette ville devint même leur centre d'action dans Test. En 810, Nicéphore leur accorda même à Constantinople le droit d'être reconnus comme citoyens : ils étaient de plus en plus puissants. Bientôt ils passèrent dans la Thrace et la Bulgarie. Au xe siècle, ils avaient six églises, qui portaient le nom de quelques-unes des villes antiques mentionnées dans les Epîtres de saint Paul.

Sous Pierre (927-968), ils jouirent de la liberté la plus entière ; et c'est alors qu'un grand mouvement manichéen se produisit dans tout le pays. Le popeBogomil, appelé aussi Jeremias, en prit occasion pour tenter une réforme. Reliant les vieilles opinions dualistes, déjà un peu transformées par les Pauliciens, aux idées nouvelles qui se produisaient avec le progrès des âges , il essaya de les accommoder au Christianisme (1). Sa doctrine ne con-

(1 ) Voir sur le Bogoïnilisme , parmi les auteurs anciens : Euthymius, Zigabenus, Panoplia, lit. xxvn. Migne, Pair. Grec, tom. cxxx. — Psellus , Dial. op. Dxm. Ibirî.

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