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PREMIÈRE PARTIE. CUAPITKK VI

la fraction du pain, mais seulement comme mémorial de la Cène.

Les Parfaites étaient soumises aux mêmes devoirs. Habillées en noir, elles s'occupaient de travaux manuels, de l'éducation des jeunes filles et du soin des malades.

Telle devait être la vie des Parfaits, vie sévère, qui rappelle parfois une doctrine plus saine et plus élevée, mais à laquelle un bien petit nombre s'appliquèrent. Les Croyants leur témoignaient une grande estime ; à leur rencontre, ils avaient coutume de s'incliner profondément. Un Parfait était accueilli partout avecjoie etbonheur : recevoir sa bénédiction était la grâce suprême.

Le simple Croyant avait une vie moins sévère. Le mariage ne lui était pas absolument défendu, mais il prenait la femme sous la condition qu'elle serait bonne et fidèle, et en se réservant le droit de la quitter , s'il le jugeait à propos (1). C'était , en principe, la dissolubilité du mariage , le vice et le désordre dans la famille.

Le simple Croyant prenait part à la guerre, comme on le vit en Bosnie et en Lombardie , et comme nous le verrons dans le Languedoc. Il

(1) Le pape Grégoire IX écrivait: « Gum Bomenses uxores accipiant cum condicione ; sierisbonaet intentione dimitlendi , quando sibi videbitur. » Ms. de VAcad. slav. cité par M. Jirecek.

amassait des richesses et ne se refusait aucune jouissance. Mais sur le lit de mort chacun devait être reçu parmi les Parfaits par une cérémonie qui fut appelée en Italie la Convenenza, et dans le Languedoc, le Consolamentum .

Cosmas reprocha beaucoup aux Bogomiles leur hypocrisie et leur orgueil : il paraît qu'ils se vantaient de leurs jeûnes. Cependant, quand ils étaient invités, «ils mangeaient et ils buvaient comme des éléphants». Quelques auteurs ajoutent même que leurs réunions se terminaient par de vraies orgies , surtout dans la Savoie et dans la Bulgarie (1).

Le lecteur nous pardonnera de nous être arrêté si longtemps à décrire les doctrines et les usages bogomiles : nous ne l'avons fait que pour lui donner la facilité de constater lui-même leur identité avec les doctrines et les usages manichéens .

Au surplus, l'enseignement bogomile exerça une influence désastreuse sur les habitants du Danube. On sait qu'à cette époque se traitait la délicate question de la réunion de l'Église de l'Orient à celle de l'Occident. Chacun prit un parti, eut son opinion et s'établit juge de ce qu'il était bon de faire. Le Bogomilisme , en réveillant les passions religieuses , fut un très-grand obstacle,

(1 ) Tous ces renseignements sont tirés de l'ouvrage de M. Jirecek.

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pendant tout le moyen-âge , à l'accomplissement de cette œuvre de paix, tant ambitionnée par les papes ; il combattit sans cesse l'Eglise de Rome.

Les empereurs de Constantinople n'arrêtèrent pas assez tôt ce nouveau progrès du dualisme. Ils se contentèrent de le bannir de leur capitale. Théodore Balsamon , qui passe pour avoir été le plus habile jurisconsulte des Grecs, écrivait avec une sorte d'insouciance , au commencement du xiiie siècle, au moment où l'hérésie sévissait dans le Languedoc , qu'ils laissaient les Bogomiles occuper en toute liberté leurs châteaux forts et parcourir leur pays, se bornant à punir ceux qui venaient dans la ville impériale (1).

Cependant les patriarches tentèrent quelques efforts. Le 10 octobre 1143, Michel Oxite condamna, au Concile de Constantinople, l'erreur des Bogomiles et plus spécialement le moine Niphon, accusé de bogomilisme. L'année suivante, le concile réuni encore (22 février 1144) ordonna que l'on rasât la longue barbe de ce moine indigne et qu'on le mît en prison. D'après Balsamon, il aurait même voulu que tout bogomile fût brûlé (2). Probable-

. (1) ce Ex his haereticis intégra castra et regiones Bogomilicas errare , atque in haeresi sua mori sinimus : unum vero et vilis conditionis talem haereticum in regia urbe commorantem invenientes, vehernenter punimus. » In Photii , tit. xi , De administ. ecclesiast. (2) In Photii, tit. ix, Depeccat. Episc.

ment cette mesure ne fut point appliquée. L'eûtelle été , que le dualisme n'eût point disparu de la scène du monde, qu'il occupait depuis sept cents ans : c'était trop tard Au moment où nous sommes , il avait déjà quitté l'Orient pour infester les rivages de l'Adriatique, l'Italie et la France.

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