CHAPITRE VII
L'Albigéisme, cinquième et dernière forme du Manichéisme. — Ses origines. — Sa propagation.
Nous avons vu qu'au vie siècle le Manichéisme s'était établi dans la Macédoine. C'est probablement à cette époque, ou au plus tard au ixe siècle, lors de la grande prédication du dualisme, qu'un évêché manichéen fut organisé dans ce pays. Les progrès de l'erreur y furent si profonds et si rapides, qu'en 1097 les croisés de Boémond de Tarente ne trouvèrent à Pélagonie que des hérétiques (1). A l'époque où nous sommes arrivé , le Manichéisme prit un nouvel essor par la propagation des doctrines bogomiles (2). Déjà il avait pénétré dans toute la Grèce. Tout le pays de Philippopolis était, au xie siècle, rempli d'Arméniens, de
( l) « Les troupes de Boémond de Tarente étant arrivées dans les murs de Pélagonie , apprirent que cette ville était un repaire d'hérétiques ; elles l'assiégèrent ; et s'en étant emparées, elles y mirent le. feu. » M. Dulaurier , citant : Hist. rer. in part, trans. gest. de Guill. de Tyr., lib. n.
(2) Racki, Œuvres; Cf. Euthymius Zygadenus.
Bogomiles et de Pauliciens. Il est vrai que l'empereur Alexis poursuivit les Bogomiles avec ardeur; il fit même un appel aux armes. Basile, leur chef, ainsi que ses douze apôtres, furent brûlés sur l'hippodrome de Constantinople. Mais le Bogomilisme , non-seulement ne cessa pas de vivre, mais encore de se répandre. Ondut déposer deux archevêques qui professaient l'erreur ; on condamna le moine Constantin Chrysomalas (1), qui avait comme étendu la doctrine bogomile : car il enseignait que l'homme a deux âmes, l'une bonne, l'autre mauvaise, que nul ne pouvait devenir un bon chrétien, à cause de l'impuissance où nous sommes de soumettre l'âme mauvaise. Ainsi, le Manichéisme , qui était parti de la Perse au 111e siècle; qui, au ive et au vie siècle, s'était réfugié sur les bords du Danube, où il avait rencontré la race slave ; qui, au vne siècle, avait essayé de se relever avec Paul de Samosate, semblait maintenant entrer dans une période nouvelle de gloire et de puissance : il possédait, pour ainsi dire, tout TOrient. Mais là ne s'arrêta pas son ambition, il prétendit franchir les limites du Danube. On le vit, en effet, prendre bientôt deux routes, qui , Tune et l'autre, devaient le conduire en Occident : par la Bosnie et par la Dalmatie , l'hérésie passa
(1) Léo Allatius , De eccles. Occid. et Orient, perp. consent. , col. 1648.