PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII
dans les riches contrées qu'arrose le Pô , et s'établit même à Milan (1) ; de l'Italie , elle pénétra en France ; par la Hongrie , elle entra dans l'Allemagne du nord.
Elle avait fondé à Tragurium en Dalmatie une colonie très-importante. Tragurium , placée sur l'Adriatique, au centre d'une langue de terre, et regardant plusieurs grands ports de l'Italie, à laquelle cette ville toute maritime semblait comme donner la main, était devenue le centre du commerce dalmate ; ses habitants avaient des relations fréquentes avec les Slaves dualistes , d'un naturel tranquille et paisible sans doute, mais qui, au contact des Grecs, auxquels ils s'étaient mêlés de bonne heure , prirent goût aux voyages , eurent de l'initiative commerciale, et acquirent cette faculté d'expansion qui avait d'abord semblé leur manquer. Leur commerce, en effet, s'étendit partout (2). Aussi il ne faut pas s'étonner que Tragurium fut , au xne siècle , une des principales métropoles de la secte ; et que le légat d'Alexandre 11 (1061-1073) fit porter un canon par le Concile de Salona , qui défendait le culte et les prédications en langue slave et qui interdisait l'usage de Y Ecriture traduite en langue slave.
(1) Landulphus Sen., Ilist. mediol., n,27. Ap.Muratori , iv , 8.
(2) Fastes de Corbie , p. 7C2.
Les Slaves, qui avaient porté leur commerce jusque sur les rivages de l'Adriatique, se mirent bientôt en relations commerciales avec les habitants de la côte italienne. Ces relations ne furent point des relations passagères, puisqu'ils laissèrent dans l'Italie des traces profondes de leur arrivée : ainsi, en 1149, c'est-à-dire cent ans après leur établissement à Tragurium, un château de Bulgaro s'élevait dans le diocèse de Vercelli, un autre dans celui de Turin ; en 1159, la cathédrale de Vercelli possédait une Curtis de Bulgari; en 1116, il y avait déjà à Turin une nombreuse famille, que l'on désignait sous le nom de Bulgarelli.
Et sans doute qu'à cette apparition , en Italie , de la secte dualiste , les empereurs Valentinien I, Théodose le Grand, Honorius , Théodore II , qui avaient autrefois porté contre elle des peines si sévères, durent frémir dans leur tombe , et que les papes Léon, Gélase, Symmaque, Hormisdas , qui avaient autrefois parlé si éloquemment et agi avec tant de vigueur contre elle, tremblèrent pour le salut des fidèles. Tout le nord de l'Italie était infecté du venin des doctrines nouvelles. Chose remarquable ! le dualisme fut servi par deux sentiments, que l'historien constate avec étonnement à cette époque dans les populations italiennes. Les Lombards luttaient depuis longtemps contre le pouvoir papal, qui jouissait d'un grand