‹ Les AlbigeoisChapitre 95 sur 313 · PREMIERE PARTIE CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE CHAPITRE VII

crédit politique ; ils crurent trouver des alliés dans ces dualistes étrangers, qui se présentaient avec la prétention d'affranchir le monde de l'autorité pontificale. Songeaient-ils qu'ils faisaient déjà une confusion déplorable des questions politiques et des questions religieuses? La pensée des sectaires, nette et arrêtée, était d'anéantir le pouvoir spirituel du pape , en qui , comme sur la pierre angulaire , repose tout 1 édifice de l'Eglise . Peutêtre les Lombards, en leur faisant si bon accueil, ne virent-ils pas les malheurs qu'ils préparaient au monde, si l'Eglise avait pu être ébranlée.

Ace sentiment s'en joignit un autre, qui est signalé par quelques auteurs contemporains et que n'ont pas manqué de constater quelques auteurs modernes (1). L'Italie, qui était restée jusqu a Constantin sous l'influence si grande des empereurs, était un des pays où l'Église avait rencontré les plus sérieux obstacles. Le culte des dieux chantés par Virgile , que quelques esprits lisaient toujours avec amour et avec enthousiasme , resta longtemps gravé dans le souvenir des habitants de la belle Italie. Quelques traces et quelques souvenirs de ce culte avaient persévéré jusqu'au xie siècle , puisqu'il y eut alors des esprits qui accueillirent le Manichéisme comme un retour à la religion païenne !

(1) Entre autres M. Jirecek, Gesch. der Bulgar., passim.

Le dualisme se répandit donc rapidement en Italie; ici comme en Grèce, il fit son entrée dans les châteaux des nobles et dans la demeure des plus riches bourgeois. En 1030, le château de Monteforte, près de Turin, était le siège principal de la secte, qui avait déjà son organisation, qui était puissante et qui prétendait étendre au loin son empire.

(Test pendant les quinze premières années du xie siècle que l'hérésie passa de l'Italie en France. Depuis la disparition des Priscillianistes, il n'avait plus été question des Manichéens , soit dans le nord, soit dans le midi de la France. Rodulphe Glaber, moine de Cluny, dit bien que « l'hérésie depuis longtemps y germait en secret ». 11 est probable cependant que, si elle s'y fût maintenue depuis le ive siècle , elle n'aurait pas gardé pendant sept cents ans ce secret profond , qui seul pourrait expliquer le silence des historiens. Il serait resté des traces d'un séjour si prolongé; et certainement les Manichéens du xie, du xne et du xine siècle, n'auraient pas revendiqué , comme nous le verrons, la parenté slave et renoncé leurs pères du 111e siècle. 11 est toutefois remarquable, qu'en fait, le dualisme ne jeta en Occident de profondes racines que dans les contrées jadis ariennes, que la conquête franque'avait ramenées à l'unité catholique : l'Italie septentrionale et la France

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