‹ Les AlbigeoisChapitre 96 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VII

du midi. Il est donc probable que, tout en disparaissant comme doctrine professée, l'Arianisme et le Priscillianisme avaient laissé des traditions de méfiance vis-à-vis de l'Eglise. Il pouvait y avoir aussi des germes encore cachés de dualisme , qui auraient été pour toujours étouffés, si le mouvement dualiste , parti des Slaves , ne fût venu réveiller leur vie. Mais Bossuet avait déjà dit qu'il n'est pas permis de « douter que cette impiété ne soit venue de la Bulgarie» (1). Nous croyons, pour nous, que le mouvement anti-chrétien qui éclata en France au xie siècle et qui est connu sous le nom iïAlbigèisme , s'explique principalement par cet autre mouvement gréco-slave, dont nous avons parlé , qui porta en plein moyen âge le dualisme en Occident.

D"abord, faisons ici cette remarque importante, que le dualisme albigeois n'a pas été le point de départ d'un mouvement devenu général, mais qu'il a été, au contraire, dans un mouvement général un fait particulier, qui s'est produit à la suite d'ébranlements considérables partis d'autres contrées. Le dualisme albigeois nous apparaît plutôt comme une épave du dualisme bulgare portée sur nos rivages par les flots envahissants de l'hérésie ; le flot poussa le flot, et bientôt cette vague grossis- Jl) Hist. des Vari., liv. xi , 25.

santé, après avoir couvert la Grèce et les régions du Danube, inonda la Dalmatie, la Hongrie, l'Allemagne, l'Italie et la France (1). Nous ne pouvons pas souscrire à cette affirmation d'un écrivain de nos jours : « Il est extrêmement probable que, sans aucun rapport avec l'Orient, le midi de la France eût vu se former quelque hérésie plus ou moins dualiste » (2). Non, le midi de la France ne portait pas en lui ces germes, qui auraient fait de l'Albigêisme une génération propre et spontanée, le fruit naturel de principes mauvais et nourris dans son sein. Il eut le tort immense de s'ouvrir à l'erreur, mais il ne l'engendra pas. Les origines de l'Albigêisme sont ailleurs.

Remarquons, en second lieu, que les erreurs qui désolèrent la France au xie et au xne siècle, et dont nous aurons à dire un mot plus tard, ne peuvent point expliquer l'Albigêisme qu'elles n'ont pas produit.

M. Albert Réville a raison de dire ; « Il faut bien reconnaître que le jour n'est pas encore fait complètement sur les origines de cette secte, que l'on voit surgir tout-à-coup au xne siècle, armée de toutes pièces, se propageant avec une rapidité

(1) Voir Histoire des Cathares ou Albigeois, par C. Schmidt , Pari? , 1849.

(2) Alb. Réville . les Albigeois , Revue des Deux- \f ondes , 1er mai 187-4.

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